ACTE IV, SCÈNE I. 4o
LA GOUVERNANT K
Est-il possible!
ANGÉLIQUE
Un nœud qu'à tous les yeux nous rendons invisible Nous enchaîne à jamais au {jré de nos soupirs. Quoi ! n'étoit-ce pas là l'objet de vos désirs? Vous doutiez seulement que l'amour deSainville Eût un but légitime ? Kb bien ! soyez tranquille; J'ai sa main et sa toi, ses destins sont les miens.
LA GOUVERNANTE
Eh! de quels droits?
ANGÉLIQUE
Faut-il d'autres droits que les miens?
Mon aveu doit suffire, à ce que j'imaj'ine: Ne m'avez-vous pas dit que j'étois orpheline, Et sans nulle fortune , à la merci du sort ? S'il es' vrai , j'ai donc pu, sans avoir aucun tort, Ne prendre auparavant les ordres de personne.
LA GOUVERNANTE
Du moins , vous auriez dû consulter la baronne , Peut-être auriez-vous pu me faire cet honneur... Mais, non , je ne crois pas ce prétendu bonheur.
ANGÉLIQUE
Vous ne le croyez pas? Il faut donc vous confondre.
( en tirant la promesse de Sainville. ) Tenez, voyez, lisez; qu'aurez-vous à répondre? Est-ce là de sa foi le garant immortel? Dès que nous le pourrons, nous irons à l'autel (Confirmer en secret cette union parfaite... Vous en serez témoin... Etcs-vous satisfaite?
4io LA GOUVERNANTE.
Sur-tout ne dites rien de ma félicité ; Gardez bien le secret.
LA GOUVERNANTE
Cette nécessité De vous envelopper des ombres du mystère Auroit dû vous donner un remords salutaire. Voyez quel est l'abyme où vous vous enchaînez 1 Ces nœuds défectueux , toujours infortunés, Sont un piège couvert dune fausse espérance, Un écueil invisible aux yeux de l'innocence, Et qu'elle n'aperçoit que lorsqu'il n'est plus temps. Ah ! pourquoi voulez-vous l'appreudre à vos dépens-" Eh ! n'est-on pas assez à plaindre quand on aime? Un amant n'est déjà que trop fort par lui-même, Sans lui fournir encor des titres et des droits ^ Dont on a vu l'amour abuser tant de fois.
.le ne serai jamais dans ce cas déplorable.
LA GOUVERNANTE
La sagesse n'est pas toujours inaltérable.
C'est en vain qu'on se flatte et qu'on croit^être sûr
De ne brûler jamais que du feu le plus pur;
Malgré soi-même, enfin, l'on manque à sa promesse.
Et l'on cède par force à sa propre foiblesse :
Tout se découvre alors; un nœud si criminel
Ne laisse eu se brisant qu'un opprobre éternel.
A X G É L I Q i: E , à part.
Cette femme n'a rien à voir que de funeste.
( haut. ) Eh 1 traiHiuillisez-vous, je prendrai soin du reste.