I.A GOUVERNANTE
Je ne le reçois point.
ANGÉLIQUE
Eh ! soyez moins cruelle , Et consentez. D'abord que je réponds de lui...
SAINVILLE
Eh bien! séparez-nous, même dès aujourd'hui : C'étoit votre dessein; loin que je le combatte, Je vous offre un moyen. La baronne vous flatte...
LA GOUVERNANTE
Comment? Expliquez-vous?
Je sais, à ce sujet, Qu'elle ne compte point remplir votre projet ; Elle adore Angélique, et, malgré votre zèle. Elle n'a pas dessein de se séparer d'elle. Puisque vous me craignez, partez dès à présent: J'ai le bien de ma mère , il sera suffisant Pour vous faire à jamais le sort le plus paisible , ¥.n cas que mon bonheur soit toujours impossible. Avec elle, en un mot, abandonnez ces lieux: Je remets à vos soins ce dépôt précieux ;
4i6 LA GOUVERNANTE.
Recevez-le de moi , pour le garder vous-même, Et pour le rendre un jour à ma tendresse extrême.
( à Angélique. ) N'y consentez-vous pas jusqu'à des temps plus doux?
ANGÉLIQUE
Moi, Sainville? Ah ! pourvu que je vive pour vous , Au milieu des transports d'une si douce attente, Fût-ce dans un désert, je serai trop contente; L'espérance tient lieu des biens qu'elle promet. Oh! ma bonne y consent... Votre cœur s'y soumet
LA GOUVERNANTE
Vous êtes- vous flattés, aveugles que vous êtes, Que je me prêterois au complot que vous faites? Voilà donc la vertu que vous me supposez? C'est un enlèvement que vous me proposez. Pouvez-vous concevoir cette affreuse chimère? Moi, je vous aiderois à trahir votre père ! .4 son sang révoltéje servirois d'appui 1 La nature y répugne et me parle pour lui. Eh ! croyez que sa voix ne m'est pas étrangère,
SAINVILLE
Mais songez qu'Angélique...
Elle a beau m'étre chère, Je ne porterai point un coup si douloureux Au mortel le plus digne et le plus généreux.
SAINVILLE
Je ne veux que du temps pour amener mou père
A m'accorder enfin cet aveu que j'espère;
Il m'aime, je ce crains qu'un premier inouvemeut: