ACTE IV, SCENE IV
Voyez; pouvois-je prendre une chaîne plus belle?
[à Angélique. ) Rassurez- vous.
LE PRÉSIDENT
C'est donc avec mademoiselle?
SAIN VILLE
Oui, voilà mon vainqueur.
LE PRÉSIDENT
Quel que soit votre choi.x, Ainsi donc vous croyez être au-dessus des lois! Voilà de votre part ua oubli qui me passe.
SAl.NVILLE.
Mon père, je sais tout, mais je demande grâce.
La forme est contre moi ; mais, sans aller plu» loin.
Voulez-vous mon bonheur? laissez-m'en donc le soin
Eh! qui peut mieux choisir sa chaîne que soi-même'
Si vous avez sur moi l'autorité suprême.
Est-ce un droit tyrannique , une loi de rigueur?
Ah! voulez-vous m'ôter l'usage de mon cœur,
Et des liens du sang me faire des entraves?
Les enfants sont-ils donc de malheureux esclaves?
LE PRÉSIDENT
Non, mon fils. Mais enfin nous en savons plus qu'eux: Ce n'est donc que par nous qu'ils peuvent être heureux; Et c'étoit là le droit d'un père qui vous aime.
SAIN VILLE
Eh ! que n'ai-je pas fait pour nie vaincre moi-même ! Depuis plus de trois mois errant jusqu'à ce jour .l'ai cherché dans le monde à perdre mon amour; Je me suis répandu pour éteiudre ma flamme;
420 LA GOUVERNANTE
J'ai moi-même frayé le chemin de mon ame ;
Aux plus rares beautés j'ai mendié des fers,
Qu'eu vain plus d'une fois les plaisirs m'ont offerts :
A ce premier ol)jet d'une flamme si belle
Le ciel même a voulu que je fusse fidèle.
LE- PRÉSIDENT
Oui, le ciel a tout fait. Eh ! quelle illusion !
Je ne vous parle point de la séduction
Qu'on peut vous accuser d'avoir mise en usage;
Mon fils, j'aurois sur vous un trop grand avantage.
ANGÉLIQUE
Ah, monsieur! arrêtez; il a dû me charmer. Est-ce séduction que de se faire aimer? Reprochez-moi plutôt l'ardeur dont je l'enflamme : Oui, monsieur, c'est sur moi que doit tomber le blâme; On séduit quand on plaît sans l'avoir mérité.
LE PRÉSIDENT
Qu'il use contre lui de sa sévérité.
Devoit-il vous laisser ignorer qu'à votre âge
Se donner sur la foi d'un pareil mariage
Est un vol que l'on fait à ceux dont on dépend ?
L'amour rerul, comme un autre, un sage inconséquent.
ANGÉLIQUE
Il ne m'a point ravie à ceux dont je suis née; Dès ma plus tendre enfance ils m'ont abandonnée. Il savoitqueje puis disposer de mon sort : A cet égard encor vous faccusez à tort.
LE PRÉSIDENT
Sans doute. Et je me dois rendre à cette chimère?