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ACTE V, SCÈNE V. m

Quel que fût le progrès de ma tendresse extrême, Mon bonheur fut plus grand, puisquon m'aima de même. Qu'est devenu ce temps? Vous ne croirez jamais D'où vint le changement d'un sort si pitin d'attraits. Un revers imprévu détruisit ma fortune;

Ma tendresse bientôt lui devint importune;

L'excès de mon amour lui parut indiscret; - —

Je le vis : il fallut le rendre {)lus secret.

Le refroiilissement, bien plus terrible encore,

Vint éteindre l'amour d'un époux que j'adore,

Et bientùl loin de moi l'entraîna tour-à-tour.

Je crus perdre la vie en perdant son amour;

J'eusse été trop heureuse en ce malheur extrême.

Je sentis qu'on ne vit que par l'objet qu'on aime ;

Qu'on perd tout en perdant ces transports mutuels,

Ces égarils si flatteurs, ces soins continuels.

Cet ascendant si cher, et cette complaisance,

Cet intérêt si tendre, et cette confiance.

Qu'on trouve dans un coeur que l'on tient sous ses lois.

Cependant je vécus pour mourir mille fois.

Je joignis à mes maux celui île me contraindre :

Je me suis toujours fait un crime de me plaindre;

C'est la première fois. Sans l'état où je suis.

Je ne vous aurois pas parlé de mes ennuis:

Je m'épanche avec vous, je ne dois rien vous taire,

Puisque je vous demande un conseil salutaire.

Je ne prétends point faire un détail superflu,

Ki rappeler ici ce que vous avez vu.

Vous êtes le témoin de ce dernier orage...

Vous vous attendrissez... Est-ce un heureux présage?

Enfin est-il bien vrai que dUrval ait rendu

Justice à son épouse? ai-je bien entendu?

C'est beaucoup. N'avoit-il rien de plus à me rendre?

Vous-même n'aviez- vous rien de plus à m'apprendre?

Mais comment puis-je avoir révolté mon époux?

"Un cœur indifférent peut-il être jaloux?

Je m'y perds... Cependant je lis dans sa pensée:

Se pardonnara-t-il de m'avoir offensée?

Je souffre plus que lui du juste repentir

Que sans doute à présent il en doit ressentir.

Je crains, s'il ne m'eslime au:ant que je l'adore.

Que sa confusion ne l'aliène encore.

Que sa honte, offensante et cruelle pour moi,

Ne l'empêche à jamais de me rendre -sa foi.

Ah! peut-être j étois dans cette conjoncture,

Ce qui m'est revenu flattoit ma conjecture:

Je le désire trop pour ne pas l'espérer...

Vous ne me dites rien?... Que dois-je en augurer?

Mais si je n'ai point pris une fausse espérance.

Si son heureux retour avoit quelque apparence,

Qui peut le retarder?... Si mes jours lui sont chers.

Qu'il vienne en sûreté... mes bras lui sont ouverts...

S'il voYoit les transports que mon coeur vous déploie...

Ah! qu'il ne craigne rien, que l'excès de ma joie...

Que dis-je? S'il le faut, j'irai le prévenir:

C'est sur quoi j" cherchois à vous entretenir.

Je ne puis à présent être trop circonspecte;

L'n pardon trop aisé doit me rendre suspecte.

Que pourra-t-il penser de ma facilite?

Mais n'importe, malgré cette fatalité,

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