ACTE I, SCENE I. iij
S'il ose s'en flatter, je ne sais pas poiir(|uoi : Il manque de fortune; et comme il n'a que moi Sur qui puisse rouler toute son espérance, Il j)oursuit un bonheur hors de toute apparence. Mais d'un enchantement plus fort que mes discours Je vois bien qu'il est temps d'interrompre le cours. N'ayez pour d'Arviane aucune complaisance; Et comme son amour et sur-tout sa présence Pourroient nuire aux projets dont vous m'entretenez, Mes ordres absolus lui vont être donnés.
DOKIS ÉE.
Comment?
M EL AN IDE
L'occasion en est fort naturelle.
N'est-il pas temps qu'il aille où son devoir l'appelle? Quoicpi'il prétende encore éloijner son départ, Pour mes avis je crois (ju'il aura quelque éjard.
Madame, ce départ est un grand sacrifice; Pourra-t-il s'y résoudre?
Il faut qu'il obéisse.
DO RISÉE
Je le plains.
MÉI. AMI OE.
Il m'est cher.
DORISÉE.
Ah! vous pouvez l'aimer, Sans craindre que personne ose vous en blâmer : 11 a tout ce qui rend la jeunesse charmante.
Je lui vois (ous les jours un défaut qui s'augmente.
DOR ISÉE
Quel est-il?
MÉLANIDE
Un peu trop d'impétuosité.
DORISÉE.
Non ; qu'il n'en perde rien : tant de vivacité Désigne un grand courage, et beaucoup de droiture; Ces cœurs-là font toujours honneur à la nature. D'ailleurs, je ne crois pas qu'on puisse, à dix-huit ans, Avoir moins de défauts avec plus d'agréments.
MÉLANIDE
Je vous suis obligée. Il aura beau se plaindre, A partir dès demain je saurai le contraindre : Et je vais de ce pas...
DORISÉE.
Je crois le voir entrer.
Adieu. Je voudrois bien ne le pas rencontrer.