‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 131 sur 284 · SCÈNE L — SÉIDE, Palmire · texte numérisé non relu

SCÈNE L — SÉIDE, Palmire

PALMIRE. Dans ma prison cruelle est-ce un dieu qui te guide? Mes maux sont-ils finis? te revois-je. Séide?

SÉIDE. 0 charme de ma vie et de tous mes malheurs ! Pahnire, unique objet qui m'a coûté des pleurs. Depuis ce jour de sang qu'un ennemi barbare, Près des camps du prophète, aux bords du Saïbare Vint arracher sa proie à mes bras tous sanglants; Qu'étendu loin de toi sur des corps expirants. Mes cris mal entendus sur cette infâme rive luvoquèrent la mort sourde à ma voix plaintive, 0 ma chère Palmire, en quel gouffre d'horreur Tes périls et ma perte ont abîmé mon cœur! Que mes feux, que ma crainte et mon impatience Accusaient la lenteur des jours de la vengeance!

Que je hâtais l'assaut si longtemps différé,^

Celle heure de carnage, où'de sang enivré,

Jo devais de mes mains brûler la ville impio

0» PalmTfc a pleuré sa liberté ravie !

Enfin de Mahomet les sublimes desseins,

Que n'ose approfondir l'humble esprit des humains,

On fait entrer Omar en ce lieu d'esclavage;

Je l'apprends, et j'y vole. On demande un otage;

J'entre, je me présente; on accepte ma foi;

lit je me rends captif, ou je meurs avec toi.

PALMiHE. Séide, au moment même, avant que la présence Vint de mon désespoir calmer la ^ iolence, Je me jetais aux pieds de mon fier ravisseur. Vous voyez, ai-je dit, les secrets de mon cœur : ^ Ma vie est dans les camps dont vous m'avez tirée; Rendez-moi le seul bien dont je suis séparée. Mes pleurs, en lui parlant, ont arrosé ses pieds; Ses refus ont saisi mes esprits effrayés. J'ai senti dans m.es yeux la lumière obscurcie : Mon cœur sans mouvement, sans chaleur, et sans vie, D'aucune ombre d'espoir n'était plus secouru; Tout finissait pour moi, quand Séide a paru.

SÉIDE. Quel est donc ce mortel insensible à tes larmes?

PALMiRE. C'est Zopire : il semblait touché de mes alarmes : Mais le cruel enfin vient de me déclarer Que des lieux où je suis rien ne peut me tirer.

SÉIDE. Le barbare se trompe; et Mahomet mon maître, Et l'invincible Omar, et ton amant peut-être, (Car j'ose me nommer après ces noms fameux, Pardonne à ton amant cet espoir orgueilleux :) Nous briserons ta chaîne, et tarirons tes larmes. Le dieu de Mahomet, protecteur de nos armes, Le dieu dont j'ai porté les sacrés étendards, Le dieu qui de Médine a détruit les remparts, Renversera la Mecque à nos pieds abattue Omar est dans la ville, et le peuple à sa vue N'a point fait éclater ce trouble et celte horreur Qu'inspire aux ennemis un ennemi vainqueur; Au nom de Mahomet un grand dessein l'amène.

PALMIRE. Mahomet nous chérit ; il briserait ma chaîne ; Il unirait nos cœurs; nos cœurs lui sont offerts: Mais il est loin de nous, et nous sommes aux fers.

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