‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 136 sur 284 · SCÈNE II. — Palmire · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — Palmire

D'un noir pressentiment je ne puis me défendre. Col amour dont l'idée avait fait mon bonheur, Ce jour tant souhaité n'est qu'un jour de terreur. Quel est donc ce serment qu'on attend de Séide? 'l'ont m'est suspect ici ; Zopire m'intimide. .l'in\oque Maliotnct ; et cependant mon cœ r Éprouve à son nom même une secrète horreur. Dans les profonds respects que ce héros m'inspire, Je sens que je le crains presque autant que Zopire. nélivre-moi, erand dieu ! de ce trouble où je suis; Craintive je te sers, aveugle jeté suis Hélas ! daigne ess\iyer les pleurs où je me noie ! SCÈNE m. —Mahomet, Palmire.

PAF.MinE. C'est vous qu'à mon secours un dieu propice envoie, Seigneur, Séide....

MAHOMET. Eh bien ! d'où vous vient cet effroi? Et que crainl-on pour lui, quand on est près de moi? PALMIRE. 0 ciel ! vous redoublez la douleur qui m'agite. Quel prodige inouï! votre âme est interdite? Mi;homet est troublé pour la première fois. MAHOMET Je devrais l'être au moins du troubleoù je vous vois. Est-ce ainsi qu'à mes yeux votre simple innocence Ose avouer un feu qui peut-être m'offense? \'otre cœur a-t-il pu, sans être épouvanté, Avoir un sentiment que je n'ai pas dicté? (;e cœur que j'ai formé n'est-il plus qu'un rebelle, Ingrat à mes bienfaits, à mes lois infidèle? PA'.MiRE. Que dites-vous? surprise et tremblante à vos pieds. Je baisse en frémissant mes regards effrayés. Et quoi ! n'a\ ez-vous pas daigné^ dans ce lieu même, Vous rendre à nos souhaits, et consentir qu'il m'aime? Ces nœuds, ces chastes nœuds, que dieu formait en nous. Sont un lien de plus qui nous attache à vous. MAHOMET. Redoutez des liens formés par l'imprudence. Le crime quelquefois suit de près l'innocence. Le cœur peut se tromper ; l'émour et ses douceurs Pourront coûter, Palmire, et du sang et des pleurs. PALMIRE. N'en doutez pas, mon sang coulerait pour Séide. .MAH0.MET. Vous l'aimez à ce point?

PALMIRE. Depuis le jour qu'Hercide Nous soumit l'un et l'autre à votre joug sacré. Cet instinct tout-puissant, de nous-même ignoré. Devançant la raison, croissant avec notre âge. Du ciel, qui conduit tout, fut le secret ouvrage. . Nos penchants, dites-vous, ne viennent que de lui : ^ Dieu ne saurait changer; pourrait-il aujourd'hui Réprouver un amour que lui-même il fit naître? Ce qui fut innocent peut-il cesser de l'être? Pourrais-je être coupable?

MAHOMET. Oui. Vous devez trembler :

Attendez les secrets que je dois révéler; Attendez que ma voix veuille enfin vous apprendre Ce qu'on peut approuver, ce qu'on doit se défendre. Ne croyez que moi seul.

PALMinE. Et qui croire que vous?

Esclave de vos lois, soumise, à vos genoux,

Mon cœur d'un saint respect ne perd point l'habitudo. MAHOMET. Trap de respect souvent mène à l'ingraliludi*. PALMiRE. Non, si de vos bienfaits je perds le souvenir.

Que Séide à vos yeux s'empresse à m'en punir. MAHOMET. Séide!

PALMIRE. Ah! quel courroux arme votre œil sévère? MAHOMET. Allez, rassurez-vous, je n ai point de colère.

C'est éprouver assez vos sentiments secrets;

Reposez-vous sur moi de vos vrais intérêts :

Je suis digne du moins de votre confiance.

Vos destins dépendront de votre obéissance.

Si j'eus soin de vos jours, si vous m'appartenez,

Méritez des bienfaits qui vous sont destinés.

(Juoi que la voix du ciel ordonne de Séide,

Affermissez ses pas où son devoir le guide :

Qu'il garde ses serments : qu'il soit digne de vous. PALMIRE. N'en doutez point, mon père, il les remplira tous :

Je réponds de son cœur ainsi que de moi-même.

Séide vous adore encor plus qu'il ne m'aime ;

Il voit en vous son roi, son père, son appui :

J'en atteste à vos pieds l'amour que j'ai pour lui.

Je cours à vous servir encourager son âme. SCÈNE IV.

MAHOMET. Quoi! je suis malgré moi confident de sa (lamme!

Quoi! sa naïveté, confondant ma fureur.

Enfonce innocemment le poignard dans mon cœur,

Père, enfants, destinés au niiilheur de ma vie,

Race toujours funeste, et toujours ennemie,

Vous allez éprouver, dans cet horrible jour,

Ce que peut à la fois ma haine et mon amour. SCÈNE V. — MahometI, Omar.

OMAR. Enfin voici le temps et de ravir Palmire,

Et d'envahir la Mecque, et de punir Zopire :

Sa mort seule à tes pieds mettra nos citoyens;

Tout est désespéré, si tu ne le préviens.

Le seul Séide ici te peut servir, sans doute ;

Il voit souvent Zopire, il lui parle, ill'écoute.

Tu vois cette retraite, et cet obscur détour

Qui peut de ton palais conduire à son séjour;

Là. cette nuit, Zopire à ses dieux fantastiques

Offre un encens frivole et des vœux chimériques;

Là, Séide, enivré du zèle de ta loi.

Va l'immoler au dieu qui lui parle par toi. MAHOMET. Qu'il l'immole, il le faut; il est né pour le criuu

Qu'il en soit l'instrument, qu'il en soit la victime.

Ma vengeance, mes feux, ma loi, ma sûreté,

L'irrévocable arrêt de la fatalité,

Tout le veut. Mais crois-tu que son jeune courage

Nourri du fanatisme, en ait toute la rage? OMAR. Lui seul était formé pour remplir ton dessein.

Palmire à te servir excite encor sa main.

L'amour, le fanatisme, aveuglent sa jeunesse ;

Il sera furieux par excès de faiblesse. ^lAiioMET. Par les nœuds des serments as-tu lié son cœur? OMAR. Du plus saint appareil la ténébreuse horreur,

Les autels, les serments, tout enchaîne Scido.

J'iiimis un 1er sacré dans sa main parricide,

lit la religion le rcniplil de fureur.

Il vient.

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