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SCÈNE III. — SÉIDE, Palmire

SÉIDE. Palmire, que veux.-tu ? Quel funeste transport!

Qui t'amène en ces lieux consacrés à la mort? PALMIRK. Séide, la frayeur el l'amour sont mes guides; Mes pleurs baignent les mains saintement liomicides. Quel sacrifice horrible, hélas! faut-il offrir? À Mahomet, à dieu, lu vas donc obéir?

sÉiDii . 0 de mes seniimenls souveraine adoré3. Parlez, déterminez ma fureur égarée ; Eclairez mon esprit, et conduisez mon bras ; Tenez-moi lieu d'un dieu que je ne comprends pas. Pourquoi ma-l-il choisi , ce terrible prophète? D'un ordre irrévocable est-il donc l'inlerprete ! PALMIRE. Tremblons d'examiner. Mahomet voit nos cœurs, 11 entend nos soupirs, il observe mes pleurs. Chacun redoute en lui la divinité même ; C'est tout ce que je sais, le doute est un blasphème : Et le dieu qu'il annonce avec tant de hauleur. Séide, est le vrai dieu, puisqu'il le rend vainqueur. SÉIDE. Il l'est, puisque l'almire et le croit el l'adore.

Mais mon esprit confus ne conçoit point encore

Comment ce dieu si bon, ce père des humains,

Pour un meurtre etfro.yablea réservé mes mains.

Je ne le sais que trop, que mon doute est un crime ;

Qu'un prêtre sans remords égorge sa victime

Que par la voix du ciel Zopire est condamné,

Ou'à soutenir ma loi j élais prédestiné.

Mahomet s'expliquait, il a fallu me taire ;

Et, tout fier de servir la céleste colère.

Sur l'ennenù de dieu je poitais le trépas ;

Un autre dieu, peut-être, a retenu mon bras.

Du moins, lorsque j ai vu ce malheureux Zopire

De ma religion j'ai senti moins l'empire.

Vainement mon de\oir au meurtre m'appelait^

A mon cœur éperdu l'humanité parlait.

Mais avec quel courroux, avec quelle tendresse,

Mahomet de mes sens accuse la fa blesse !

Avec quelle grandeur et quelle autorité.

Sa voix vient d'endurcir ma sensibilité !

Que la religion est terrible et puissante!

J a! senti la fureur en mon cœur renaissante.

Palmire, je suis faible, ei du meurtre effrayé.

De ces saintes fureurs je passe à la pitié ;

De seniimenls confus une foule m'assiège*

Je crains d'eue barbare, ou d être sacrirége.

Je ne me sens point fait pour être un assassin.

Mais quoi ! D;eu me l'ordonne, ctjai promis m.a main

J'en verse encor des pleurs de douleur el de rage.

Vous me voyez, Palmire, en proie à cet orage,

Nageant dans le reflux des contrariétés^

Oui pousse et qui retient mes faibles volontés.

C'est à vous de fixer mes fureurs incertaines :

Nos cœurs sont réunis par les plus fortes chaînes;

Mais, sans ce sacrifice à mes mains imposé,

Le nœud qui nous u nit est à jamais brisé ;

Ce n'est qu'à ce seul prix que j'obtiendrai Palmire. pALMiRE. Je suis le prix du sang du malheureux Zopire! SÉIDE. Le ciel et Mahomot ainsi l'oni arrêté. PALMIRE. L'amour est-il donc fait pour tant de cruauté? SÉIDE. Ce n'est qu'au meurtrier que Mahomet te donne. PALMiBE. Quelle effroyable dol!

SÉIDE. Mais si le ciel rordonne?

Si je sers et l'amour et la religion?

PALMIRE. Hélas!

SÉIDE. Vous connaissez la malédiction

Qui punit à jamais la désobéissance.

PALMIRE. Si Dieu même en tes mains a remis sa vengeance^

S'il exige le sang que ta bouche a promis... SÉIDE. Lh bien ! pour être à toi que faut-il ?

PALMIRE. Je frémis.

SÉIDE. Je t'entends, son arrêt est parti de ta bouche. PALMIRE. Qui, moi?

SÉIDE. Tu l'as voulu.

PALMIRE. Dieu ! quel arrêt farouche?

Quet'ai-je dit?

SÉIDE. Le ciel vient d'emprunter ta voix ;

C'est son dernier oracle, et j'accomplis ses lois.

Voici l'heure où Zopire à cet autel funeste

Doit prier on secret des dieux que je déleste.

Palmire, éloigne-toi.

PALMIRE. Je ne puis te quitter.

SKiDE. Ne vois point l'atienlat qui va s'exécuter :

Ces moments sont affreux. Va, fuis; cette relraito

Est voisine des lieux qu'habite le prophète.

Va,dis-je.

PALMIRE. Ce vieillard va donc être immolé SÉIDE. De ce grand sacrifice ainsi l'ordre est réglé;

Il le faut de ma main traîner sur la poussière,

De trois coups dans le sein lui ravir la lumière,

Renverser dans son sang cet autel dispersé. PALMIRE. Lui, mourir par tes mains! tout mon sang s'est glacé.

Le voici, juste ciel!...

{Le fond du théâtre s'ouvre. On voit un autel,)

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