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SCÈNE II. — MAnoMET, Palmiue, Suite de PALMiniï et de Mahomet

PALMiRE. Ciel! oùsuis-je? ah! grand dieu!

Mahomet. Soyez moins consternée,

J'ai du peuple et de vous peso la doslinée.

Le grand événement qui vous remplit d'effroi,

Palmire, est un mystère entre le ciel et moi.

De vos indignes fers à jamais dégagée,

Vous êtes en ces lieux libre, heureuse et vengée. *

Ne pleurez point Séide, et laissez à mes mains

Le soin de balancer le destin des humains.

Ne songez plus qu'au vôtre; et si vous m'ôles chère,

Si Mahomet sur vous jeta des yeux de père ,

Sachez qu'un sort plus noble, un litre encor plus grand,

Si vous le méritez, peut-ôire vous attend.

Portez vos vœux hardis au faite de la gloire;

De Séide et du reste étouffez la mémoire :

Vos premiers sentiments doivent tous s'effacer

A l'aspect des grandeurs où vous n'osiez penser.

Il faut que votre cœur à mes bontés réponde.

Et suive en tout mes lois lorsque j'en donne au monde. PALMIRE. Qu'entends-je? quelles lois, ô ciel! et quels bienfaits!

Imposteur teinl de sang, que j'abjure à jamais ,

Bourreau de tous les miens, va, ce dernier outrage

Manquait à ma misère, et manquait à ta rage.

Le voilà donc, grand dieu 1 ce prophète sacré.

Ce roi que je servis, ce dieu quejadorai!

Monstre, dont les fureurs et les complots perfides

De deux cœurs innocents ont fait deux parricides.

De ma faible jeunesse, infâme séducteur,

Tout souillé de mon sang, tu prétends à mon cœurl

Mais tu n'as pas encore assuré ta conquête :

Le voile est déchiré, la vengeance s'apprête.

Entends-tu ces clameurs? entends-tu ces éclats'

Mon père te poursuit des ombres du trépas.

Le peuple se soulève, on s'arme en iiia défense;

Leurs bras vont à ta rage arracher l'innocence.

Puissé-je de mes mains te déchirer le flanc,

Voir mourir tous les tiens, et nager dans leur sang!

Puissent la Mecque ensemble, et Médine, et l'Asie

Punir tant de fureur et tant d'hypocrisie !

Que le monde par loi, séduit et ravagé,

Rougisse de ses fers, les brise et soit vengé 1

Que ta religion, que fonda l'imposture,

S-)it l'éternel mépris de la race future!

Que l'enfer, dont tes cris menaçaient tant de fois

Quiconque (>sait douter de tes indignes lois.

Que l'enfer, que ces lieux de douleur et de rage.

Pour toi seul préparés, Soient ton juste paitage!

Voilà les sentimenls qu'on doit à tes bienfaits,

L'hommage, les serments, et les vœux que je fais! MAHOMET. Je vois qu'on m'a trahi; mais quoi qu'd en pnisseêtre,

El qui que vous soyez, fléchissez sous un maître.

Apprenez que mon cœur..

SCENS III, — Mahomet, Palmire, Omar, Ali, Suite.

OMAR. On sait tout, Mahomet:

HerciOe en expirant révéla ton secret.

Le peuple en est instruit; la prison est forcée ; Toutsarme^ tout s'émeut ; une foule insensée,

Elevant contre soî ses hurlements affreux.

Porte le corps sanglant de son chef nialheureuï.

Séide est à leur tête, et d'une voix funeste

Les excite à venger ce déplorable reste.

Ce corps, souillé de sang, est l'horrible signal

Qui fait courir le peuple à ce combat fatal.

11 s'écrie en pleurant : Je suis un parricide :

La douleur le ranime, et la rage le guide.

11 semble respirer pour se venger de toi.

On déteste ion dieu, tes prophètes, ta loi.

Ceux mêmes qui devaient, dans la Mecque alarmée.

Faire ouvrir, cette nuit, la porte à Ion armée

De la fureur commune avec zèle enivrés.

Viennent lever sur toi leurs bras désespérés.

On nentend que les cris de mort et de vengeance PALMiRE. Achève, juste ciel! et soutiens l'innocence

Frappe.

MAHOMET, à Omar. Eh bien, que crains-tu?

OMAn. Tu vois quelques annis,

Qui contre les dangers comme moi raffermis,

Mais vainement armés contre un pareil orage,

Viennent tous à tes pieds mourir avec courage. MAHOMET. Seul je les défendrai. Rangez-vous près de moi,

Et connaissez enfin qui vous avez pour roi.

SCE.NE IV.— Mahomet, Omar, sa Suite, d'un côlé; Séide, et le Peuple de l'autre, Pal.mire au milieu.

SÉIDE, un poignard àlamain, mais déjà affaibli par le poison.

Peuple, vengez mon père, et courez à ce traître, MAHOMET. Peuple, né pour me suivre, écoutez votre maître. SÉIDE. N'écoutezpointce monstre, et suivez-moi... Grands dieux!

Quel nuage épaissi se répand sur mes yeux!

(Il avance, il chancelle.)

Frappons... Ciel! je me meurs.

MAHOMET. Je triomphe, PALMIRE, courant à lui. Ah, mou frère !

N'auras-tu pu verser que le sang de ton père? SÉIDE. Avançons. Je ne puis... Quel dieu vient m'accabler?

(// tombe entre les bras des siens.) MAHOMET. Ainsi tout téméraire à mes yeux doit trembler.

Incrédules esprits, qu'un zèle aveugle inspire,

Qui m'osez blasphémer, et qui vengez Zopire,

Ce seul bras que la terre apprit à redouter.

Ce bras peut vous punir d'avoir osé douter.

Dieu qui ma confié sa parole et sa foudre.

Si je me veux venger va vous réduire en poudre.

Malheureux! connaissez son prophète et sa loi,

Et que ce dieu soit juge entre Séide et moi.

De nous deux, à l'instant, que le coupable expire; PAi.MiRE. Mon frère!.. Eh quoi! sur eux ce monstre a la lu d'empire.

Jls demeurent glacés, ils tremblent à sa voix.

Mahomet, comme un dieu^ leur dicte encor ses lois :

Et toi, Séide aussi !

SÉIDE, entre les bras des siens.

Le ciel punit ton frère.

Mon crime était horrible autant qu'involontaire,

En vain la vertu môme habitait dans mon cœur.

Toi, tremble^ scélérat; si dieu punit l'erreur,

Vois quel foudre il prépare aux artisans des crimes j

Tremble: son bras s'essaie à frnpper ses victimes. Détournez d'elle, ô dieu, celle ii.orl qui me suil ! PALMiHE. Non, peuple, ce n'est point un dieu qui le poursuit. Non ; le poison sans doute...

MAHO.VET, en l'interrompant et s'adressant au peuple. Apprenez, infidèles, A former contre moi des trames criminelles •. Aux vengeances des cieux reconnaissez mes droits. La nature et la mon ont entendu ma voix. La mort qui m'obéil, qui, prenant ma défense, Sur ce front pâlissant a tracé ma vengeance, La mort est à vos yeux, p:êle à fondre sur vous. Ainsi mes ennemis sentiront mon courroux ; Ainsi je punirai les erreurs insensées.

Les révoltes du cœur, et les moindres pensées. Si ce jour luit pour vous, ingrats, si vous vivez. Rendez grâce au pontife à qui vous le devez. Fuyez, courez au temple apaiser ma colère.

{Le ptuple se relire.) PALMIRE, revenant à elle. Arrêtez. Le barbare empoisonna mon ffere Monstre, ainsi son trépas t'aura justifié! A force de forfaits tu t'es déifié.

Malheureux assassin de ma famille entière, Ote-moi de tes mains ce reste de lumière. 0 frère! 6 triste objet d'un amour plein d'horreurs! Que je te suive au moins.

(Elle se jette sur le poignard de son frère.) MAHOMET. Qu'on l'arrête.

pALMiHE. Je meurs.

Je cesse de te \oir, imposteur exécrable, Je me flatte, en mourant, qu'un dieu plus équitable

Béserveun avenir pour les cœurs innocents.

Tu dois régner : le monde est fait pour les tyrans. MAHOMET. Elle m'est enlevée... Ah ! trop chère victime !

Je me vois arracher le seul prix de mon crime.

De ces jours pleins d'appas détestable ennemi,

Vainqueur et tout-puissant, c'est moi qui suis puni.

Il est donc des remords! ô fureursl ô justice!

Mes forfaits dans mon cœur ont donc mis mon suppHce

Dieu, que j'ai fc^it servir au malheur des humains,

Adorable instrument de mes affreux desseins,

Toi que j'ai blasphémé, mais que je crains encore,

Je me Eens condamné, quand l'univers m'adore.

Je brave en vain les traits dont je me sens frapper.

J'ai trompé les mortels, et ne puis me tromper.

Père, enfants malheureux, immolés a ma rage.

Vengez la terre et vous, et le ciel que j'outrage.

Arrachez-moi ce jour, et ce perfide cœur,

Ce cœur, né pour hair, qui brûle avec fureur.

Et toi, de tant de honte étouife ta mémoire;

Cache au moins ma faiblesse, et sauve encor ma gloire :

Je dois régir en dieu l'univers prévenu;

Mon empire est détruit, si l'homme est reconnu.

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