SCÈNE I
NARBA9. 0 douleurs! ô regrets! ô vieillesse pesante» Je n'ai pu retenir celte fougue imprudente, Cette ardeur d'un héros, ce courage emporte, S'indi^nant dans mes bras de son obscurité. Je l'ai^perdu ! la mort me l'a ravi peut-être. De quel front aborder la mère de mon maître? Quels maux sont en ces lieux accumules sur moi I Je reviens sans 'Ègisthe ; et Polyphonie est roi! Cet heureux artisan de fraudes et de crimes, Cet assassin farouche entouré de victimes, Qui, nous persécutant de climats en climats. Sema partout la mort, attachée à nos pas : Il rèsne ; il affermit le trône qu'il profane; Il y jouit en paix du ciel qui le condamne! Dieux ! cachez mon retour à ses yeux pénétrants; Dieux ! dérobez Égi^the au fer de ses tyrans : Guidez-moi vers sa mère, et qu'à ses pieds je meure. Je vois, je reconnais cotte triste demeure Oii le meilleur des rois a reçu le trépas. Où sou fils tout sanglant fut sauvé dans mes bras. Hélas! après quinze ans d'exil et de misère. Je viens coûter encor des larmes à sa mère. A qui me déclarei? Je cherche dans ces lieux Quelque ami, dont la main me conduise à ses yeux ; Aucun ne se présente à ma débile vue.
Je vois près d une tombe une foule éperdue : J'entends des cris plamtifs. Hélas! dans ce palais Un dieu persécuteur habile pour jamais.
SCÈNE II. — Narbas, Isménie , dans le fond du théâtre, où l'on découcn le tombeau de Cresphonte.
ISMÉNIE. Quel est cet inconnu dont la vue indiscrète
Ose troubler la reine, et percer sa retraite?
Est-ce de nos tyrans quelque ministre affreux.
Dont l'œil vient épier les pleurs des malheureux. NARBAS. Oh! qui que vous soyez, excusez n-on audace!
C'est un infortuné qui demande une grâce.
11 peut servir Mérope; il voudrait lui p;uler. iSMÉNiE. Ahl quel temps prenez-vous pour o?er la troubler?
Respectez la douleur dune nière éperdue;'
Malheureux étranger, n'offensez point sa vue;
Éloignez-vous,
NADBAS. Hélas! au nom des dieux vengeurs,
Accordez cette grâce à mon flge, à mes pleurs.
Je ne suis poin'v, madame, étranger dausMe?sono.
Croyez, si \ous servez, si vous aimez la reine,
Que mon cœur, à son sort attaché comme \oiis.
De sa longue infortune a senti tous les coups.
Quelle est donc celte tombe en ces lieux élevcG
Que j'ai vu de v»os pleurs en ce moment lavée? ISMKNIE. C'est la tombe d'un roi, des dieux, abandonné,
D'un héros, d'un époux, d'un père infortuné,
De Cresphonte.
NABBÂS, allarit vers le tombeau.
0 mon maître, ô cendres que j'adoro !
ISMÉNIE. L'épouse de Cresphonte est pUis à plaindre encore, NAK3AS. Quels coups auraient troublé ses malheurs inouïs? ISMÉNIE. Le coup le plus terrible ; on a tué son fils. NARBAS. Son fils Égisthe, ô dieux! le malheureux Égisthe ! isMÉNiE. Nul mortel en ces lieux n'ignore un sort si liislc. NAKBAS. Son fils ne serait plus?
isMÉNiK. Un barbare assassin
Aux portes de Messène a déchiré son sein. NARBAS. 0 désespoir! ô mort que ma crainte a prédite!
Il est assassiné"? Mérope en est instruite?
Ne vous trompez-vous pas?
ISMÉNIE. Des signes trop certains
Ont éclairé nos yeux sur ses affreux deslins.
C'est vous en dire assez; sa perle est assurée. NARBAS, Quel fruit de tant de soins?
ISMÉNIE. Au désespoir livrée
Mérope va mourir; son courage est vaincu :
Pour son fils seulement Mérope avait vécu :
Des nœuds qui l'arrêtaient sa vie est dégagée
Mais avant de mourir elle sera vengée :
Le sang de l'assassin par sa main doit couler;
Au tombeau de Cresphonte elle va l'immoler.
Le roi qui l'a permis, cherche à flalter sa peine;
Un des siens en ces lieux doit aux pieds de la reine
Amener à l'instant ce lâche meurtrier^
Ou au sang d'un fils si cher on va sacrifier.
aiérope cependant, dans sa douleur profonde,
\'eul de ce lieu funeste écarler tout le monde. NARBAS, s'en allant. Héhis! s'il est ainsi, pourquoi me découvrir?
Au pied de ce tombeau je n'ai plus qu'à mourir.