‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 217 sur 284 · SCÈNE I. -- Iphise, Pammène · texte numérisé non relu

SCÈNE I. -- Iphise, Pammène

IPHISE, Est-il vrai, cher Pammène, et ce lieu solitaire,

Ce palais exécrable où languit ma misère.

Me \erra-t-il goûter la funeste douceur

De mêler mes regrets aux larmes de ma sœur?

La malheureuse Electre, à mes douleurs si chère,

Vient-elle avec Égislhe au tombeau de mon père?

Égisihe ordonne-t-il qu'en ces solennités

Le sang d'Agamemnon paraisse à ses côtés?

Serons-nous les témoins de la pompe inhumaine

Qui célèbre le crime, et que ce jour amène? PAMMÈNE. Ministre malheureux d'un temple abandonné,

Du fond de ces déserts où je suis confiné

J'adresse au ciel des vœux pour le retour d'Oreste;

Je pleure Agamemnon ; j'ignore tout le reste.

0 respectable Iphise ! ô pur sang de mon roi!

Ce jour vient tous les ans répandre ici l'effroi.

Les desseins d'une cour en horreurs si fertile

Pénètrent rarement dans mon obscur asile.

Mais on dit qu'en effet Égisthe soupçonneux

Doit entraîner Electre à ces funèbres jeux ;

Qu'il ne souffrira plus qu'Electre en son absence

Appelle par ses cris Argos à la vengeance.

Il redoute sa plainte, il craint que tous les cœurs

Ne réveillent leur haine au bruit de ses clameurs;

Et, d'un œil vigilant épiant sa conduite,

Il la traite en esclave, et la traîne à sa suite. ipnisE. Ma sœur esclave ! ô ciel ! ô sang d'Agamemnon l

Un barbare à ce point outrage encor ton nom !

Et Clytemnestre, hélas! cette mère cruelle,

A permis cet affront, qui rejaillit sur elle! PAMMÈNE. Peut-être votre sœur avec moins de fierté

Devait de son tyran braver l'autorité,

Et, n'ayant contre lui que d'impuissantes armes,

Mêler moins de reproche et d'orgueil à ses larmes.

Qu'a produit sa fierté/ que servent ses éclats?

Elle irrite un barbare, et ne nous venge pas. jPiiiSE. On m'a laissé du moins, dans ce funeste asile,

Un destin sans opprobre, un malheur plus tranquille»

Mes mains peuvent d'un père honorer le fonibeau.

Loin de ses ennemis, elloin de son bourreau :

Dans ce séjour de sang, dans ce désert si Irisle,

Je pleure en liberté, je h;iis en paix Egisllie.

Je ne suis condamnée à l'horreur de le voir.

Que lorsque, rappelant le temps du désespoir,

Le soleil à regret raniène la journée ^

Où le ciel a permis ce barbare hyménée,

Où ce monstre, enivré du sang du roi des rois,

Où Glyiemnestre...

Page 1