‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 22 sur 284 · SCÈNE I. — BnuTDS, Valérius Pudlicola, les Sénateurs · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — BnuTDS, Valérius Pudlicola, les Sénateurs

BRUTUS. Destructeurs des tyrans, vous qui n'avez pour rois

Que les dieux de Numa, vos vertus et nos lois.

Enfin notre ennemi commence à nous connaître.

Ce superbe Toscan qui ne parlait qu'en maître,

Porsenna, de Tarquin ce formidable appui.

Ce tyran, protecteur d'un tyran comme lui,

Qui couvre de son camp les rivages du Tibre,

Respecte le sénat et craint un peuple libre.

Aujourd'hui, devant vous, abaissant sa hauteur,

Il demande à traiter par un ambassadeur.

Arons, qu'il nous députe, en ce moment s'avance;

Aux sénateurs de Rome il demande audience :

Il attend dans ce temple, et c'est à vous de voir

S'il le faut refuser, s'il le faut recevoir. valérius. Quoi qu'il vienne annoncer, quoi qu'on puisse sn attendre,

Il le faut à son roi renvoyer sans l'entendre :

Tel est mon sentiment. Rome ne traite plus

Avec ses ennemis que quand ils sont vaincus.

Votre fils, il est vrai, vengeur de sa patrie,

A deux fois repoussé le tyran d'Étrurie ;

Je sais tout ce qu'on doit à ses vaillantes mains,

Je sais qu'à votre exemple il sauva les Romains :

Mais ce n'est point assez ; Rome assiégée encore.

Voit dans les champs voisins ces tyrans qu'elle abhorre.

Que Tarquin satisfasse aux ordres du sénat;

Exilé par nos lois, qu'il sorte de l'État;

De son coupable aspect qu'il purge nos frontières,

Et nous pourrons ensuite écouter ses prières.

Ce nom d'ambassadeur a paru vous frapper;

Tanjuin n'a pu nousvaiu'^re, il cherche à nous tromper.

L'ambassadeur d'un roi m ^st toujours redoutable:

Ce r^isl qu'un ennemi soius un lilro honorable.

Qui vient, rempli d'orgueil on de dextérité.

Insulter ou iralrir avec impunité.

Romo^ nÏTouio point leur séduisant langage.

Tout iiTl l'est ('Ira II gcr; comballre est ton partage:

Confonds tes ennemis de ta gloire irrités;

Tombe, ou punis les rois : ce sont là tes traités. Bni'Tus. Rome sait à quel point sa liberté m'est chère:

Mais, plein du môme esprit, mon sentiment diffère.

Je vois cette ambassade, au nom des souverains, . Comme un premier hommage aux citoyens romains.

Accoutumons des rois la fierté despotique

A traiter en égale avec la république;

Attendant que, du ciel remplissant les décrets,

Quelque jour avec elle ils traitent en sujets.

Arons vient voir ici Rome encor chancelante.

Découvrir les ressorts de sa grandeur naissante.

Épier son génie, observer son pouvoir;

Romains, c'est pour cela qu'il le faut recevoir.

L'ennemi du sénat connaîtra qui nous sommes.

Et l'esclave d'un roi va voir enfin des hommes.

Que dans Rome à loisir il porte ses regards;

Il la verra dans vous : vous êtes ses re'mparts.

Qu'il révère en ces lieux ce dieu qui nous rassemble;

Qu'il paraisse au sénat, qu'il écoute et qu'il tremble. (Les sénateurs se lèvent, et s'approchent un moment pour donner leurs voix) vALÉr.ics. Je vois tout le sénat passer à votre avis ;

Rome, et vous, l'ordonnez : à regret j'y souscris.

Licteurs, qu'on l'introduise; et puisse sa présence

N'apporter en ces lieux rien dont Rome s'offense! A Brulus. C'est sur vous seul ici que nos yeux sont ouverts ;

C'est vous qui le premier avez rompu nos fers;

De notre liberté soutenez la querelle :

Brutus en est le père et doit parler pour elle.

Page 1