‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 242 sur 284 · SCÈNE IL — Idamé, Zamti, Asséli · texte numérisé non relu

SCÈNE IL — Idamé, Zamti, Asséli

IDAMÉ. Est-ce VOUS, époux infortuné?

Notre sort sans retour est-il déterminé? Hélas! qu'avez-vous VU?

ZAMTI. Ce que je tremble à dire.

Le malheur est au comble ; il n'est plus, cet empire : Sous le glaive étranger j'ai vu tout abattu. De quoinous a servi d'adorer la vertu?

Nous étions vainement, dans une paix profonde. Et les législateurs et l'exemple du monde; Vainement par nos lois l'univers fut instruit : La sagesse n'est rien ; la force a tout détruit. J'ai vu de ces brigands la horde hyperborée, Par ces fleuves de sang se frayant une entrée Sur les corps entassés de nos frères mourants, Portant partout le glaive et les feux dévorants. Ils pénètrent en foule à la demeure auguste Où de tous les humains le plus grand, le plus juste, D'un front majestueux attendait le trépas. La reine évanouie était entre ses bras,

De leurs nombreux enfants ceux en qui le courage Commençait vainement à croître avec leur âge, Et qui pouvaient mourir les armes à la main, Étaient déjà tombés sous le fer inhumain. Ji restait près de lui ceux dont la tendre enfance N'avait que la faiblesse et des pleurs pour défense; On les voyait encore autour de lui pressés, Tremblants à ses genoux qu'ils tenaient embrassé-j, J entte par des détours inconnus au vulgaire; J'appvoche en frémissant de ce malheureux père ; Je voi> ces vils humains, ces monstres des déserts, A notre auguste maîire osant donner des fers. Traîner dans son palais, d'une main sanguinaire, Le père, les enfants, et leur mourante nière.

IDAMÉ. C'est donc là leur destin! Qne\ changement, ô cieux !

ZAMTi. Ce prince infortuné tourne vers moi les yeux ; Jl m'appelle, il me dit, dans la langue sacrée Du conquérant tartare et du peuple ignorée: • Conserve au moins le jour au dernier de mes fils, a Jugez si mes serments et mon cœur l'ont promis; Jugez de mon devoir quelle est la voix pressante. J'ai senti ranimer ma force languissante ; J'ai revolé vers vous. Les ravisseurs sanglants • Ont laissé le passage à mes pas chancelants : Soit que dans les fureurs de leur horrible joie. Au pillage acharnés, occupés de leur proie, Leur superbe mépris ait détourné les yeux ; Soit que cet ornement d'un ministre des cieux. Ce symbole sacré du grand dieu que j'adore, A la férocité puisse imposer encore ; Soit qu'enfin ce grand dieu, dans ses profonds desseins, Pour sauver cet enfant qu'il a misdans mes mains. Sur leurs yeux vigilants répandant un nuage, Ait égaré leur vue^ ou suspendu leur rage.

JDAMÉ. Seigneur, il serait temps encor de le sauver; Qu'il parte avec mon fils ; je les puis enlever : Ne désespérons point, et préparons leur fuite ; De notre prompt départ qu'Élan ait !a conduite. Allons vers la Corée, au rivage des mers, Aux lieux où l'océan ceint ce triste univers. La terre a des déserts et des antres sauvages; Portons-y ces enfants, tandis que les ravages N'inondent point encor ces asiles sacrés, Éloignés du vainqueur, et peut-être ignorés. Allons ; le temps est cher, et la plainte inutile.

ZAMTi. Hélas! le fds des rois n'a pas même un asile ! J'attends les Coréens; ils viendront, mais trop lard : Cependant la mort vole au pied de ce rempart. Saisissons, s'il se peut, le moment favorable De mettre en sûreté ce gage inviolable.

SCciNE IIL — Zamti, Idamé, Assélî, ctax.

ZAMTi. Étan, où courez-vous, interdit, consterné? iDAMi';. Fuyons de ce séjour au Scythe abandonné. î-TAN. Vous êtes observés ; la fuite est impossible ;

Autour de notre enceinte une garde terrible

Aux peuples consternés offre de toutes paris

Un rempart hérissé de piques et de dards.

Les vainqueurs ont parlé; l'esclavage en silctico

Obéit à leurs voî« dans cette ville immense ;

Cliacun reste immobile et de crainl(>. et d'horreur

l)t puis ([lie sous lo triaive est louibé l'einpereur. ZAMTi. Il n'est donc plus!

iDAMÉ. 0 cieux !

ÉTAN. De ce nouveau carnage

Oui pourra retracer l'épouvantable image ?

Son épouse, ses fils sanglants et déchirés...

O famille de dieux sur la terre adorés !

Que vous dirai-je? hélas ! leurs tôtes exposées

Du vainqueur insolent excitent les risées,

Tandis que leurs sujets, tremblant de murmurer.

Baissent des yeux mourants qui craignent de pleurer»

De nos honteux soldats les phalanges errantes

A genoux ont jeté leurs armes impaissantes.

Les vainqueurs fatigués dans nos murs asservis

Lassés de leur victoire et de sang assouvis,

Publiant à la fin le ternie du carnage.

Ont, au lieu de la mort, annoncé i'esclavage,

Mais d'un plus grand désastre on nous menace encor.

On prétend que ce roi des fiers enfants du Nord,

Gengis-Kan, que le ciel envoya pour détruire,

Dont les seuls lieutenants oppriment cet empire,

Dans nos murs autrefois inconnu, dédaigné,

"Vient, toujours implacable, et toujours indigné.

Consommer sa colère et venger son injure.

Sa nation farouche est d'une autre nature

Que les tristes humains qu'enferment nos remparts :

Ils habitent des champs, des tentes et des chars:

Ils se croiraient gênés dans cette ville immense;

De DOS arts, de nos lois la beauté les offense.

Ces brigands vont changer en d'éternels déserts

Les murs que si longtemps admira l'univers. ïDAMÉ. Le vainqueur vient sans doute armé de la vengeance.

Dans mon obscurité j'avais quelque espérance ; " i

Je n'en ai plus. Les cieux, à nous nuire attachés,

Ont éclairé la nuit où nous étions cachés.

Trop heureux les mortels inconnus à leur maître! 2AMTI. Les nôtres sont tombés : le juste ciel peut-être

"Voudra pour l'orphelin signaler son pouvoir :

Veillons sur lui ; voilà notre premier devoir.

Que nous veut ce Tartare'î*

IDAMÉ. 0 ciel, prends ma défense.

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