SCÈNE 11. — ZAMT^, ÉTAN
ZAMTi. Viens, ami... je t'entends... je sais tout par tes larmes. ÉTAN, Votre malheureux fils... . .;-.<,«„, :T
ZAMTi. Arrête, parle-moi
De l'espDir de l'empire, et du fils de mon roi; Est-il en sûreté?
iîTAN. Les tombeaux de ses pères Cachent à nos tyrans sa vie et ses misères. Il vous devra des jours pour souffrir commences. Présent fatal peut-être !
zAMTi. Il vit: c en est assez.
0 vous, à qui je rends ces services fidèles! 0 mes rois! pardonnez mes larmes paternelles. ÉTAN. Osez-vous en ces lieux gémir en liberté. zAMTi. Où porter ma douleur et ma calamité t» Et comment désormais soutenir les approches, Le désespoir, les cris, les éternels reproches. Les imprécations d'une mère en fureur?
Encor si nous pouvions prolonger son erreur! ÉTAN. On a ravi son fils dans sa fatale absence : A nos cruels vainqueurs on conduit son enfance; Et soudain j'ai volé pour donner mes secours Au royal orphelin dont on poursuit les jours. ZAMTi. Ah! du moins, cher Étan, si tu pouvais lui dire Que nous avons livré l'héritier de l'empire. Que j'ai caché mon fils, qu'il est en sûreté! Imposons quelque temps à sa crédulité.
Hélas! la vérité si souvent est cruelle! On l'aime; et les humains sont malheureux par elle. Allons... ciel! elle-même approche de ces lieux, La douleur et la mort sont peintes dans ses yeux.
SCÈNE m. — Zamti, Idamé. iDAMÉ. Qu'ai-je vu? Qu'a-t-on fait? Barbare est-il possible ?
L'avez-vous commandé ce sacrifice horrible? .Jinv.
Non, je ne puis le croire; et le ciel irrité ^ c"! îî. ./iat:^
N'a pas dans votre sein mis tant de cruauté.
Non, vous ne serez point plus dur et plus barbare
Que la loi du vainqueur, et le fer du Tarlare.
Vous pleurez, malheureux !
. ZAMTI. Ah! pleurez avec moi;
Mais avec moi songez à sauver votre roi. iDAMÉ. Que j'immole mon fils! .,
ZAMTI. Telle est notre misère;
Vous êtes citoyenne avant que d'être mère. IDAMÉ. Quoi ! sur toi la nature a si peu de pouvoir! ZAMTI. Elle n'en a que trop, mais moins que mon devoir ;
Et je dois plus au sang de mon malheureux mallie,
Qu'à cet enfant obscur à qui j'ai donné l'être. IDAMK. Non, je ne connais point cette horrible vertu.
J'ai vu nos murs en cendre, et ce trône abattu,
J'ai pleurù de nos rois les disgrAre.s affrcMises;
Mais par quelles fureurs, encor plus douloureuses,
Veux-lu, de ton épouse avaiu;ant le trépas,
Livrer le sani; d'un fils qu'on ne demanrle pas?
Ces rois ensevelis, disparus dans la poudre,
font-ils pour toi des dieux dont tu crai!,'ncs la foudre?
A ces dieux impuissants, dans la tombe endormis.
As-tu fait le serment d'assassiner ton fils?
lléias ! [grands et petits, et sujets, et monarques.
Distingués un moment par de frivoles marques,
Egaux par la nature, égaux par le malheur,
Tout mortel osl cbargéde sa propre douleur;
Sa peine lui suffit, et, dans ce grund naufrage/
Rassembler nos débris, voilà notre partage.
Où serais-je, grand dieu ! si ma crédulité
Eût lonibé dans le piège à mes pas présenté?
Auprès du fils des rois si j'étais demeurée,
La viclims aux bourreaux allait être livrée;
Je cessais d'être mère, et le même couteau
Sur le corps de mon fils me plongeait au tombeau.
Grâces à mon amour, inquiète, troublée,
A ce fatal berceau l'instinct m'a rappelée.
.rai vu portermon fils à nos cruels vainqueurs,
Mes mains l'ont arraché des mains des ravisseurs.
Barbare, ils n'ont point eu ta fermeté cruelle ;
J'en ai chargé soudain cette esclave fidèle.
Qui soutient de son lait ses misérables jours.
Ces jours qui périssaient sans moi, sans mon secours;
J'ai conservé le sang du fils et de la mère,
Et j'ose dire encor de son malheureux père. ZAMTi. Quoi! mon fils est vivant !
iDAMÉ. Oui, rends grâces au ciel,
Malgré toi favorable à ton cœur paternel.
Repens-toi,
zAMTi. Dieu des cieux, pardonnez cette joie,
Qui se mêle un moment aux pleurs où je me noie!
0 ma chère Idamé! ces moments seront courts :
"Vainement de mon fils vous prolongiez les jours;
Vainement vous cachiez cette fatale offrande : ,
Si nous ne donnons pas le sang qu'on nous demande,
Nos tyrans soupçonneux seront bientôt vengés ;
Nos citoyens tremblants, avec nous égorgés.
Vont payer de vos soins les efforts inutiles;
De soldats entourés, nous n'avons plus d'asiles;
Et mon fils, qu'au trépas vous croyez arracher, , ^ ^-^v^^ l-j
A l'œil qui le poursuit ne peut plusse cacher.
Il faut subir son sort.
iDAMÉ. Ah ! cher époux, demeure ;
Ecoute-moi du moins.
ZAMTi. Hélas! il faut qu'il meure.
IDAMÉ. Qu'il meure! arrête, tremble, et crains mon désespoir;
Crains sa mère.
zAMTi. Je crains de trahir mon devoir.
Abandonnez le vôtre; abandonnez ma vie
Aux détestables mains d'un conquérant impie.
C'est mon sang qu'à Gengis il vous faut demander.
Allez, il n'aura pas de peine à l'accorder.
Dans le sang d'un époux trempez vos mains perfides ;
Allez, ce jour n'est fait que pour des parricides.
Rendez vains mes serments, sacriâez nos lois;
(mmolez votre époux, et le sang de vos rois. , ,
IDAMÉ. De mes rois! Va, te dis-je, ils n'ont rien à prétendrél.:^-
Je ne dois point mon sang en tribut à leur cendre ;
Va ; le nom de sujet n'est pas plus saint pour nous
Que ces noms si sacrés et de père et d'époux.
La nature et l'hymen, voilà les lois premières.
Les devoin,, les liens des nations entières :
Ces lois viennent des dieux , le reste est des humains.
Ne nie fait point haïr le sang des souverains :
Oui, sauvons l'orphelin d'un vainqueur homicicte, ;
Mais ne le sauvons pas au prix d'un parricide;
Que les jours de mon fils n'achètent point ses jours.
Loin de l'abandonner, je vole à son secours;
Je prends pitié de lui ; prends pitié de toi-mêine.
De ton fils innocent, de sa mère qui t'aime.
Je ne menace plus, je tombe à les genoux.
0 père infortuné! cher et cruel époux!
Pour qui j'ai méprisé, tu t'en souviens peut-être,
Ce mortel qu'aujourd'hui le sort a fait ton maître;
Accorde-moi mon fils, accorde-moi ce sang
Que le plus pur amour a formé dans mon flanc.
Et ne résiste point au cri terrible et tendre
Qu'à tes sens désolés l'amour a fait entendre. 2AMTI. Ah ! c'est trop abuser du charme et du pouvoir
Dont la nature et vous combattez mon devoir.
Trop faible épouse, hélas ! si vous pouviez connaître... iDAMÉ Je suis faible, pardonne : une femme doit l'être.
Je n'aurai point de toi ce reproche à souffrir,
Quand il faudra te suivre, et qu'il faudra mourir.
Cher époux, si tu peux au vainqueur sanguinaire,
A la place du fils, sacrifier la mère,
Je suis prête : Idamé ae se plaindra de rien ;
Et mon coeur est encore aussi grand que le tien. ZAMTi. Oui, j'en crois ta vertu.
SCÈNE IV. — Zamti, IdamÉj Octar, Gardes. ocTAR, Quoi ! vous osez reprendre
Ce dépôt que ma voix vous ordonna de rendre ?
Soldats, suivez leurs pas, et me répondez d'eux:
Saisissez cet enfant qu'ils cachent à meS yeux;
Allez : votre empereur en ces lieux va paraître;
Apportez la victime aux pieds de votre maître.
Soldats, veillez sur eux.
ZAMTI. Je suis prêt d'obéir ;
Vous aurez cet enfant.
IDAMÉ. Je ne le puis souffr-ir ;
Non, vous ne l'obliendrez, cruels, qu'avec ma yÎ0. OCTAR. Qu'on fasse retirer cette femme hardie.
Voici votre empereur ; ayez soin d'empêcher
Que tous c&s vils captifs osent en approcher. SCÈNE V. — Gengis, Octar, Osman, troupe de GupBftUiiv?. GENOIS. On a poussé trop loin le droit de ma conquête.
Que le glaive se cache, et que la mort s'arfètô :
Je veux que les vaincus respirent désormais.
J'envoyai la terreur, etj'apporte la paix :
La mort du fils des rois suffit à ma vengeaoce.
Etouflbnsdans son sang la fatale semence
Des complots étoroelis «l des rébeUioas
Qu'un fantôme, de prijice inspire aux nations.
Sa famillr esi éteip,lo : il vil; il doit la suivre. ..';
Je n'en veux qu'à des rois; mes sujets doivent vivre. .,■■]
Cessez de m.ul''er tous ces grands monuuients,
Ces prodiges cles aris consacrés par les lonips;
ï\espectez-leo, ils sont le prix de njon couras^e :
Qu'en cesse de livrer aux liamojes, au pillage.
Ces archives de lois, ce vaste am^as d'écrits.
Tous ces fruits du génie, objets de vos mépris.;
Si l'erreur les dicta, cette erreur m'est utile ;
Elle occupe ce peuple, el le rend plus docile.
Octar, je vous destine à porter mes drapeaux
Aux lieux où le soleil renaît du sein des eaux. ^,,
(A un de ses suivants.) •
■Vous, dans l'Inde soumise, "humble dans sa défaite, •■,{,
Soyez de mes décrets le fidèle inlerprèie, , 'T
Tandis qu'en Occident je fais voler mes fils Des murs de Sanidrcande aux bords du Tanaïs. Sortez : demeure, Octar.