‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 278 sur 284 · SCÈNE V. — Aména'ide , Famé · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — Aména'ide , Famé

aMrnaïde. Veillé-je? et du tombeau suis-je en effet sortie I

TliÉ.VTrvE 1-& VOLT. tù

Est-il vrai que le ciel m'ait rendue à la vie?

Ce jour, ce triste jour, éclaire-t-il mes yeux?

Ce que je viens d'entendre, ô ma chère Fanie,

Est un arrêt de mort plus dur, plus odieux,

Plus affreux que les lois qui m'avaient condamnée. FANIE. L'un et l'autre est horrible à mon âme étonnée. , AMÉNAÏDE Est-ce Tancrède, ô ciel ! qui vient de me parler P

As-tu vu sa froideur, altière, avilissante.

Ce courroux dédaigneux dont il m'ose accabler ?

Fanie, avec horreur il voyait son amante !

Il m'arrache à la mort, et c'est pour m'immoler !

Qu'ai-je donc fait, Tancrède ? ai-je pu vous déplaire ? FANIE. 11 est vrai que son front respirait la colère.

Sa voix entrecoupée affectait des froideurs ;

Il détournait les yeux, mais il cachait ses pleurs. AMÉNAÏDE. lime rebute, il fuit, me renonce, et m'outrage î

Quel changement affreux a formé cet orage ?

Que veut-il? quel offense excite son courroux?

De qui dans l'univers peut-il être jaloux ?

Oui, je lui dois la vie, et c'est toute ma gloire. ,

Seul objet de mes vœux, il est mon seul appui.

Je mourais, je le sais, sans lui, sans sa victoire ;

Mais s'il sauva mes jours, je les perdais pour lui. FANIE. Il le peirt ignorer; la vçix publique entraîne;

Même en s'en défiant, on lui résiste à peine.

Cet esclave, sa mort, ce billet malheureux,

Le nom de Solamir, l'éclat de sa vaillance.

L'offre de son hymen, l'audace de ses feux.

Tout parlait contre vous, jusqu'à votre silence.

Ce silence si fier, si grand, si généreux.

Qui dérobait Tancrède à l'injuste vengeance

De vos communs tyrans armés contre vous deux.

Quels yeux pouvaient percer ce voile ténébreux ?

Le préjugé l'emporte, et l'on croit l'apparence. AMÉNAÏDE, Lui, me croire coupable !

FANIE. Ah ! s'il peut s'abuser.

Excusez un amant.

AMÉNAÏDE, reprenant sa ûerU et ses forces. Rien ne peut l'excuser...

Quand l'univers entier m'accuserait d'un crime.

Sur son jugement seul un grand homme appuyé

A l'univers séduit oppose son estime.

Il aura donc pour moi combattu par pitié !

Cet opprobre est affreux, et j'en suis accablée.

Hélas ! mourant pour lui, je mourais consolée ;

Et c'est lui qui m'outrage et m'ose soupçonner

C'en est fait, je ne veux jamais lui pardonner;

Ses bienfaits sont toujours présents à ma pensée,

Ils resteront gravés dans mon ûme offensée,

Mais, s'il a pu me croire indigne de sa foi.

C'est lui qui pour jamais est indigne de moi.

Ah ! de tous mes affronts c'est le plus grand peut-être. FANIE. Mais il no connaît pas...

AMÉ.NAïDE. Il devait mo connatlre;

Il devait respecter un cœur tel que le mien,

Il devait présumer qu'il était impossible Que jamais je trahisse un si noble lien. Ce cœur est aussi lier que son bras invincible; Ce cœur était eu tout aussi grand que le sien,

Moins soupçonneux, sans doiito, cl surtout plus sensible. Je rencwcc a Tancrerlc. au roste dos mortels ; Ils sont faux ou méchants, ils sont faibles, cruels, Ou trompeurs, ou trompés; et ma douleur profonde, tu oubliant Tancrèdc , oubliera tout le monde.

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