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SCÈNE I. — Alzire, Gardes

ALziifE. Préparez-vous pour moi vos supplices cruels. Tyrans, qui vous nommez les juges des mortels? Laissez-vous dans l'horreur de cette inquiétude De mes deslins affreux flotter l'incertiLude ! On m'arrête, on me garde, on ne m'informe pas Si l'on a résolu ma vie ou mon trépas. Ma voix nomme Zamore, et mes gardes pâlissent ; Tout s'émeut à ce nom : ces monstres en frémissent. SCÈNE IL — MoMÈzE, Alzire.

ALZIRE. Ah! mon père!

MONTEZE. Ma fille, où nous as-tu réduits ?

Voilà de ton amour les exécrables fruits.

Hélas! nous demandions la grâce de Zamore ;

Alvarez avec moi daignait parler encore ;

Un soldat à l'instant se présente à nos yeux:

C'était Zamore même, égaré,, furieux. ^

Par ce déguisement la vue était trompée;

A peine entn' ses mains j'aperçois une épée :

Entrer, voler vers nous, s'élancer sur Gusman,

L'attaquer, le fmpper, n'est pour lui qu'un moment.

Le sang de ton époux rejaillit sur ton père :

Zamore", au même instant dépouillant sa colère,

Tombe aux pieds d'Alvarez, et tranquille et soumis.

Lui présentant ce fer leint du sang de son lils :

J'ai fait ce que j'ai dû, j'ai vengé mon injure;

Fais ton devoir, dit-il, et vesgc la nature.

Alors il se prosterne, attendant le trépas.

Le père tout sanglant se jette entre mes bras ;

Tout se ré\ cille, on court, on s'avance, on s'écrio,

On vole à ton é|)Oux, on rappelle sa vie;

On arrête son sang, on presse le secours

De cet art invenl*^ pour conserver nos jours.

Tout le peuple à grands cris demande ton supplice:

Du meurtre de son maître il le croit la complice. ALôiuE. Vous pourriez...

— loa —

MONTKZK. Non, mon cœur ne l'on «oupronne pas;

Non, le tien n'est pas fait pour de tels attentais;

Capable d'une erreur, il ne l'est point d'un crime;

Tes yeux s'étaient fermés sur le bord de l'a'oîme.

Je le souhaite ainsi, je le crois; cependant

Ton époux va mourir des coups de ton amant.

On va te condamner; tu vas perdre la vie

Dans l'horreur du supplice et de l'ignominie;

Et je retourne enfin, par un dernier effort,

Demander au conseil et la grâce et ma mort, ALzinE. Ma grâce! à mes tyrans? les prier ! vous, mon père!

Osez vivre cl m'aimer, c'est ma spule prière.

Je plains Gusman : son sort a trop de cruauté;

Et je le plains surtout de l'avoir mérité.

PourZamore, il n'a fait que venger son outrage;

Je ne puis excuser ni blâmer son courage.

J'ai voulu le sauver, je ne m'en défends pas.

Il mourra... Gardez-vous d'empêcher mon trépas. MO.NTÈZB. 0 ciel: inspire-moi, j'implore ta clémence! {Il sort.) SCÈNE m.

ALZiRE. 0 ciel! anéantis ma fatale existence. Quoi, ce Dieu que je sers me laisse sans secours! Il défend à mes mains d'allenler sur mes jours! Ah ! j'ai quitté des dieux dont la bonté facile Me permettait la mort, la mort, mon seul asile. Eh! quel crime est-ce donc devant ce Dieu jaloux De hâter un moment qu'il nous prépare à tous? Quoi ! du calice amer d'un malheur si durable Faut-il boire à longs Irails la lie insupportable? Ce corps vil et mortel est-il donc si sacré Que l'esprit qui le meut ne le quitte à son gré? Ce peuple de vainqueurs, armé de son tonnerre^ A-t-il le droit affreux de dépeupler la terre. D'exterminer les miens, de déchirer mon tlanc? Et iTwi, je ne pourrai disposer de mon sang ? Je ne pourrai sur moi permettre à mon courage Ce que sur l'univers il permet à sa rage ? Zamore va mourir dans des tourments affreux. Barbares !

SCÈNE IV. — Zamore, enchaîné^ Alzire, G.\rdes. ZAMORE. C'est ici qu'il faut périr tous deux. Sous l'horrible appareil de sa fausse justice Un tribunal de sang te condamne au supplice. Gusman respire encor; mon bras désespéré N'a porté dans son sein qu'un coup mal assuré : Il vit pour achever le malheur de Zamore ; 11 mourra tout couvert de ce sang que j'adore; Nous périrons ensemble à ses yeux expirants Il va goûter encor le plaisir des tyrans. Alvarez doit ici prononcer de sa bouche L'abominable arrêt de ce conseil farouche. C'est moi qui t'ai perdue, et tu péris pour moi. ALziRB. Va, je ne me plains plus, je mourrai près de toi. Tu m'aimes, c'est assez ; bénis ma destinée , Bénis le coup affreux q'ii rompt mon hy menée ; Songe que ce moment où je vais chez les morts Est le seul où mon cœur peut t'aimersans remords, Libre par aion supplice, à moi-même rendue.

Je dispose à la fin d'une foi qui t'est due.

L'appareil de la mort, élevé pour nous deux,

Est l'autel où mon cœur te rend ses premiers feux;

C'est là que j'expierai le crime involontaire

De l'infidélité que j'avais pu te faire.

Ma plus grande amertume en ce funeste sort.

C'est d'entendre Alvarez prononcer notre mort. lAMORE. Ah ! le voici ; les pleurs inondei^t son visage. ALziRE. Qui de nous trois, ô ciel ! a reçu plus d'outrage?

Et que d'Infortunés le sort assemble ici !

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