‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 81 sur 284 · SCÈNE VIL — Alvarez, Gijsman, Zamore, Alzire, ÂMÉnrcAiNS; Soldats · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL — Alvarez, Gijsman, Zamore, Alzire, ÂMÉnrcAiNS; Soldats

ZAMORE. Cruels, sauvez Alzire, et pressez mon supplice! ALZIRE. Non, qu'une affreuse mort tous trois nous réunisse. ALVAREZ. Mon fils mourant, mon fils! ô comble de douleur! ZAMORE, à Gusman.

Tu veux donc jusqu'au bout consommer ta fureur?

Viens voir couler mon sang, puisque tu vis encore;

Viens apprendre à mourir en regardant Zamore, GUSMAN, à Zamore. Il est d'autres verlus nue jeveux t'enseigner;

Je dois un autre exemple, et je viens le donner. A Alvarez. Le ciel qui veut ma mort, et qui l'a suspendue,

Mon père, en ce moment m'amène à voire vue.

Mon âme fugitive, et prête à me quitter,

S'arrête devant vous... mais pour vous imiter.

Je meurs : le voile tombe; un nouveau jour m'éclaire;

Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière ;

J'ai fait, jusqu'au moment qui me plonge au cercueil,

Gémir l'humanité du poids de mon orgueil.

Le ciel venge la terre : il est juste; et ma vie

Ne peut payer le sang dont ma main s'est rougie.

Le bonheur m'aveugla ; la mort m'a détrompé :

Je pardonne à lamam par qui Dieu m'a frappé.

J'étais maître en ces lieux; seul j'y commande encore :

S„eul je puis faire grâce, et la fais à Zamore.

Vis, superbe ennemi ; sois libre, et le souvien

Quel fut et le devoir et la mort d'un chrétien. A Montèze qui se jette à ses pieds.

Montèze, Américains qui fûtes mes victimes,

Songez que ma clémence a surpassé mes crimes.

Instruisez l'Amérique; apprenez à ses rois

(Jue les chrétiens sont nés pour leur donner des lois. A Zamore. Des dieux que nous servons connais la différence:

Les tiens t'ont commandé le meurtre et la vengeance ;

Et le mien, quand ton bras vient de m'assassiner.

M'ordonne de te plaindre et de te pardonner. ALVAREZ. Ah ! mon fils! tes vertus égalent ton courage, ALZIRE. Quel changement! grand Dieu ! quel étonnant langagel ZAMORE. Quoi ! tu veux me forcer moi-même au repentir 1 GUSMAN. Je veux plus, je te veux forcer à me chérir.

Alzire n'a vécu que trop infortunée,

El par mes cruautés et par mon hyménée ;

Que ma mourante main la remette en tes bras :

Vivez sans me haïr, gouvernez vos Etats,

Et de vos murs détruits rétablissant la gloire,

De mon nom, s'il se peut, bénissez la mémoire. A Alvarez. Daignez servir de père à ces époux heureux ;

Que du ciel, par vos soins, le jour luise sur eux !

Aux clartés des chrétiens si son âme est ouverte

Zamore est votre fils, et répare ma perte. ZAMor.E. Je demeure immobile, égaré, confondu.

Quoi donc, les vrais chrétiens auraient tant de vertu!

Ah I la loi qui t'oblige à cet effort suprême,

Je commence à le croire, est la loi d'un Dieu mémo.

Jiu connu l'amitié, la constance, la foi;

Mais tant de grandeur d'àme est au-dessus de moi ;

-^ in —

Tnnt de vertu m'acoabl:^, et son clmrme m'attire.

Honteux d'être vengé, je faime, et je l'admire. (ïl S" jette, à SCS pieds).

ALZIHE. Seigneur, en rougissant je tombe à vos genoux :

Alzire en ce moment voudrait mourir pour vous.

Entre Zamore et vous mon àme déchirée

Succombe au repentir dont eile est dévorée.

Je me sens trop coupable, et mes tristes erre m-s... GUSMAN. Tout vous pst pardonné, puisque je vois vos pleur-

Pour la dernière fois, approchez-vous, mon père ;

Vivez longtemps heureux ; qu'Âizire vous soit chère,

Zamore, sois chrétien; je suis content : je meurs. ALVAREZ, à Montèze

Je vois le doigt de Dieu marqué dans nos malheurs.

Mon cœur désespéré se soumet, s'abandonne

Aux volontés d'un Dieu qui frappe et qui pardonne.

FIN DALZIRE.

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