SCÈNE III. — Orosmane, Corasmin
OROSMANE. Ah ! c'est trop tôt chercher ce solitaire asile;
C'est trop tôt abuser de ma bonté facile;
Et plus j'y pense, ami, moins je puis concevoir
Le sujet si caché de tant de désespoir.
Quoi donc ! par ma tendresse élevée à l'empire,
Dans le sein du bonheur que son âme désire,
Près d'un amant qu'elle aime, et qui brûle à ses pieds.
Ses yeux, remplis d'amour, de larmes sont noyés !
Je suis bien indigné de voir tant de caprices :
Mais moi-même, "après tout, eus-je moins d'injustices?
Ai-je été moins coupable à ses yeux offensés!
Est-ce à moi de me plaindre? on m'aime, c'est assez :
Il me faut expierpar un peu d'indulgence
De mes transports jaloux l'injurieuse offense.
Je me rends. Je le vois, son cœur est sans détours ;
La nature naïve anime ses discours :
Elle est dans l'âge heureux où règne l'innocence ;
A sa sincérité je dois ma confiance.
Elle m'aime, sans doute; oui, j'ai lu devant toi.
Dans ses yeux attendris, l'amour qu'elle a pour moi.
Et son âme, éprouvant cette ardeur qui me touche.
Vingt fois pour me le dire a volé sur sa bouche.
Qui peut avoir un cœur assez traître, assez bas.
Pour montrer tant d'amour et ne le sentir pas?
SCÈNE IV. — Oros-mane, Corasmin, Mélédor. WÉLÉDOR. Cette lettre, seigneur, à Zaïre adressée.
Par vos gardes saisie, et dans mes mains laissée... orosmane. Donne... qui la portail?... Donne.
MÉLÉDOR. Un de ces chrétiens
Dont vos bontés, seigneur, ont brisé les liens :
Au sérail en secret if allait s'introduire;
On l'a mis dans les fers.
orosmane. Hélas! que vais-je lire?
Laisse- no tis... je frémis.