‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 98 sur 284 · SCÈNE VI. — Orosmané, Zaïre · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — Orosmané, Zaïre

ZAÏRE. Seigneur, vous m'étonnez; quelle raison soudaine, Ouel ordre si pressant près de vous me ramène?

OROSMANE. Eh bien! madame, il faut que vous m'éclaircissiez; Gel ordre est important plus que vous ne croyez. Je me suis consulte... Malheureux l'un par l'autre, Il faut régler d'un mot et mon sort et le vôtre. Peut-être qu'en effet ce que j'ai fait pour vous, Mon orgueil oublié, mon sceptre à vos genoux, Mes bienfaits, mon respect, mes soins, ma confiance. Ont arraché de vous quelque reconnaissance. Votre cœur, par un maître attaqué chaque jour. Vaincu par mes bienfaits, crut l'être par l'amour. Dans votre âme avec vous il est temps que je lise, 11 faut que ses replis s'ouvrent à ma franchise : ■ Jugez-vous ; répondez avec la vérité ^ ^ Que vous devez au moins à ma sincérité. Si de quelque autre amour l'invincible puissance L'emporte sur mes soins, ou même les balance , Il faut me l'avouer, et dans ce même instant. Ta grâce est dans mon cœur ; prononce, elle t'attend. Sacrifie à ma foi l'insolent qui t'adore : Songe que je te vois, que je te parle encore, Que ma foudre à ta voix pourra se détourner, Que c'est le seul moment où je peux pardonner.

ZA'iRE. Vous, seigneur! vous osez me tenir ce langage? Vous, cruel! Apprenez que ce cœur qu'on outrage, Et que par tant d'horreurs le ciel veut éprouver. S'il ne vous aimait pas, est né pour vous braver. Je ne crains rien ici que ma funeste flamme : N'imputez qu'à ce feu qui brûle encor mon ântie, N'imputez qu'à l'amour, ^ue je dois oublier, La honte où je descends de me justifier. J'ignore si le ciel, qui m'a toujours trahie, A destiné pour vous ma malheureuse vie. Quoi qu'il puisse arriver, jejure par l'honneur, Qui, non moins que l'amour, est gravé dans mon cœur, Je jure que Za'ire, à soi-même rendue, Des rois les plus puissants délesterait la vue; Que tout autre après vous me serait odieux. Voulez-vous plus savoir, et me connaître mieux? Voulez-vous que ce cœur, à ramerlume en proie, Ce cœur désespéré devant vous se déploie!^ gâchez donc qu'en secret il pensait malgré lui

Tout ce que devant vous il déclare aujourd'hui ;

Qu'il soupirait pour vous avant que vos tendressea

'Vinssent iuslifier mes naissantes faiblesses ;

Qu'il prévint vos bienfaits, qu'il brûlait à vos pieds,

Uu'il vous aimait enfin lorsque vous m ignoriez ;

Qu'il n'eut jamais que vous, n'aura que vous pour maître ,

J'en atteste le ciel, que j'offense peut- être;

Et SI j'ai mérité son éternel courroux.

Si mon cœur fut coupable, ingrat, ceiait pour vous. OROSMANE. i )uoi ! des plustendres feux sa bouche encorm assure!

Quel excès de noirceur ! Za'ire !.... ah, la parjure !

Ouand de sa trahison j'ai la preuve en ma maiii . ZAÏRE. Que dites-vous? Quel trouble agite votre soin. OROSMANE. Je ne suis point troublé. Vous n^^ainje/..^,^^^^ ^^^^^^^

Peut-elle me parler avec ce ton farouche

D'un feu si tendrement déclaré chaque jour.

Vous me glacez de crainte en me parlant d a;nour.

nnosuANE. Vous m'aimez? , , ,

ORObMANE. V ^^^^ ^^^^^ ^^^^^^ ^^^^^^ j^ ^^^ leudresse !

Mais encore une fois, quelle fureur vous presse? Quels regards effrayants vous me lancez, helas ! Vous doutez démon cœur?

ososMANE. Non, je n en doute pas.

Allez, rentrez, madame.

Page 1