‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 102 sur 386 · ACTE IV, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE

Elle crie au second qu'il secoure son frère :

n se hâte et s'épuise en efforts superflus ;

n trouve en les joignant que son frère n'est plus.

CAMILLE

Hélas!

VALÈRE

Tout hors d'haleine il prend pourtant sa place , Et redouble bientôt la victoire d'Horace : Son courage sans force est un débile appui ; Voulant venger son frère, il tombe auprès de lui. L'air résonne des cris qu'au ciel chacun envoie : Albe en jette d'angoisse , et les Romains de joie. Comme notre héros se voit près d'achever, C'est peu pour lui de vaincre, il veut encor braver : « J'en viens d'immoler deux aux mânes de mes frères ; » Rome aura le dernier de mes trois adversaires, » C'est à ses intérêts que je vais l'immoler, » Dit-il, et tout d'un coup on le voit y voler. La victoire entre eux deux n'était pas incertaine , L^Albain percé de coups ne se traînait qu'à peine , Et, comme une victime aux marches de l'autel, n semblait présenter sa gorge au coup mortel : Aussi le reçoit-il, peu s'en faut, sans défense. Et son trépas de Rome établit la puissance.

LE VIEIL HORACE

0 mon ffls ! ô ma joie ! 6 l'honneur de nos jours ! 0 d'un État penchant l'inespéré secours ! Vertu digne de Rome , et sang digne d'Horace ! Appui de ton pays , et gloire de ta race ! Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassements L'erreur dont j'ai formé de si faux sentiments? Quand pourra mon amour baigner avec tendresse Ton front victorieux de larmes d'allégresse?

VALÈRE

Vos caresses bientôt pourront se déployer; Le roi dans un moment vous le va renvoyer,

Et remet à demain la pompe qu'il prépare D'un sacrifice aux dieux pour un bonheur si rare ; Aujourd'hui seulement on s'acquitte vers eux Par des chants de victoire et par de simples vœux. C'est oti le roi le mène, et tandis il m'envoie Faire office vers vous de douleur et de joie ; Mais cet office encor n'est pas assez pour lui ; Il y viendra lui-même, et peut-être aujourd'hui : Il croit mal reconnaître une vertu si pure , Si de sa propre bouche il ne vous en assure , S'il ne vous dit chez vous combien vous doit l'État.

LE VIEIL HORACE

De tels remercîments ont pour moi trop d'éclat,

Et je me tiens déjà trop payé par les vôtres

Du service d'un fils , et du sang des deux autres.

VALÈRE

Il ne sait ce que c'est d'honorer à demi ;

Et son sceptre arraché des mains de l'ennemi

Fait qu'il tient cet honneur qu'il lui plaît de vous faire

Au-dessous du mérite et du fils et du père.

Je vais lui témoigner quels nobles sentiments

La vertu vous inspire en tous vos mouvements ,

Et combien vous montrez d'ardeur pour son service.

LE VIEIL HORACE

Je vous devrai beaucoup pour un si bon office.

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