‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 113 sur 386 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

TULLE, VALÈRE, LE vieil HORACE, HORACE, troupe de gardes.

LE VIEIL HORACE

Ah ! sire., un tel honneur a trop d'excès pour moi ;

Ce n'est point en ce lieu que je dois voir mon roi : Permettez qu'à genoux...

r TULLE.

Non, levez-vous, mon père.

Je fais ce qu'en ma place un bon prince doit faire. Un si rare service et si fort important Veut l'honneur le plus rare et le plus éclatant.

(Montrant Valère.)

Vous en aviez déjà sa parole pour gage; Je ne l'ai pas voulu différer davantage.

J'ai su par son rapport, et je n'en doutais pas, Comme de vos deux fils vous portez le trépas, Et que, déjà votre âme étant trop résolue , Ma consolation vous serait superflue :

Mais je viens de savoir quel étrange malheur D'un fils victorieux a suivi la valeur , Et que son trop d'amour pour la cause publique, Par ses mains , à son père ôte une fille unique. Ce coup est un peu rude à l'esprit le plus fort; Et je doute comment vous portez cette mort.

LE VIEIL HORACE

Sire, avec déplaisir, mais avec patience.

TULLE

C'est l'effet vertueux de votre expérience. Beaucoup par un long âge ont appris comme vous Que le malheur succède au bonheur le plus doux : Peu savent comme vous appliquer ce remède. Et dans leur intérêt toute leur vertu cède. Si vous pouvez trouver dans ma compassion Quelque soulagement pour votre affliction , Ainsi que votre mal sachez qu'elle est extrême. Et que je vous en plains autant que je vous aime.

VALÈRE

Sire, puisque le ciel entre les mains des rois

Dépose sa justice et la force des lois.

Et que l'Etat demande aux princes légitimes

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