‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 147 sur 386 · AUGUSTE, LIVIE · texte numérisé non relu

AUGUSTE, LIVIE

AUGUSTE

Madame, on me trahit, et la main qui me tue Rend sous mes déplaisirs ma constance abattue. Cinna, Cinna le traître...

LIVIE

Euphorbe m'a tout dit, Seigneur, et j'ai pâU cent fois à ce récit. Mais écouteriez-vous les conseils d'une femme?

AUGUSTE

Hélas ! de quel conseil est capable mon flme?

LIVIE

Votre sévérité, sans produire aucun fruit.

Seigneur, jusqu'à présent a fait beaucoup de bruit ;

Par les peines d'un autre aucun ne s'intimide :

Salvidien à bas a soulevé Lépide ;

Murène a succédé, Cépion l'a suivi :

Le jour à tous les deux dans les tourments ravi

N'a point mêlé de crainte à la fureur d'Égnace,

Dont Cinna maintenant ose prendre la place;

Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjects

Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets.

Après avoir en vain puni leur insolence,

Essayez sur Cinna ce que peut la clémence ;

Faites son châtiment de sa confusion.

Cherchez le plus utile en cette occasion :

Sa peine peut aigrir une ville animée ;

Son pardon peut servir à votre renommée ;

Et ceux que vos rigueurs ne font qu'efiaroucher

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