ACTE I, SCÈNE I. 22d
Comme rien n'est égal à sa grandem* suprême , Il faut ne rien aimer qu'après lui, qu'en lui-même, Négliger pour lui plaire, et femme, et biens, et rang, Exposer pour sa gloire et verser tout son sang. Mais que vous êtes loin de cette ardeur parfaite Oui vous est nécessaire, et que je vous souhaite ! Je ne puis vous parler que les larmes aux yeux. Polyeucte, aujourd'hui qu'on nous hait en tous lieux. Qu'on croit servir l'État quand on nous persécute, Qu'aux plus Apres tourments un chrétien est en butte. Comment en pourrez-vous surmonter les douleurs. Si vous ne pouvez pas résister à des pleurs?
POLYEUCTE
Vous ne m' étonnez point; la pitié qui me blesse Sied bien aux plus grands cœurs, et n'a point de faiblesse. Sur mes pareils , Néarque , un bel œil est bien fort : Tel craint de le fâcher qui ne craint pas la mort ; Et s'il faut affronter les plus cruels suppUces, Y trouver des appas, en faire mes délices. Votre Dieu, que je n'ose encor nommer le mien, M'en donnera la force en me faisant chrétien.
NÉARQUE
Hâtez-vous donc de l'être.
POLYEUCTE
Oui, j'y cours, cher Néarque; Je brûle d'en porter la glorieuse marque. Mais Pauline s'afflige, et ne peut consentir, Tant ce songe la trouble, à me laisser sortir.
NÉARQUE
Votre retour pour elle en aura plus de charmes; Dans une heure au plus tard vous essuierez ses larmes ; Et l'heur de vous revoir lui semblera plus doux, Plus elle aura pleuré pour un si cher époux. Allons, on nous attend.
POLYEUCTE
Apaisez donc sa crainte,
în PpLTEUGTE.
Et calmez la douleur dont son Ame est atteinte. Elle revient.
NÉARQUE
Fuyez.
POLYEUCTE
Je ne puis.
NÉARQUE
Il le faut; Fuyez un ennemi qui sait votre défaut, Qui le trouve aisément, qui blesse par la vue, Et dont le coup mortel vous platt quand il vous tue.