SCÈNE VI
SÉYÈRE, FABIAN.
SÉVÈRE
Qu'est-ce ci, Fabian? quel nouveau coup de foudre Tombe sur mon bonheur, et le réduit en poudre ! Plus je l'estime près, plus il est éloigné ; Je trouve tout perdu quand je crois tout gagné ; Et toujours la fortune, à me nuire obstinée, Tranche mon espérance aussitôt qu'elle est née ; Avant qu'offrir des vœux je reçois des refus : Toujours triste, toujours et honteux et confus De voir que lâchement elle ait osé renaître, Qu'encor plus lâchement elle ait osé paraître ; Et qu'une femme enfin dans la calamité Me fasse des leçons de générosité.
Votre belle âme est haute autant que malheureuse. Mais elle est inhumaine autant que généreuse, Pauline ; et vos douleurs avec trop de rigueur D'un amant tout à vous tyrannisent le cœur. C'est donc peu de vous perdre, il faut que je vous donne ; Que je serve un rival lorsqu'il vous abandonne ; Et que, par un cruel et généreux effort. Pour vous rendre en ses mains je l'arrache à la mort.