ACTE I, SCÈNE III. 30i
PTOLOHÉE.
J'ai fait ce que les dieux m'ont inspiré de fiaire» £t que pour mon État j'ai jugé nécessaire.
GLÉOPÂTRE.
Je ne le vois que trop, Photin et ses pareils Vous ont empoisonné de leurs lâches conseils : Ces Âmes que le ciel ne forma que de boue...
PHOTIN
Ce sont de nos conseils, oui, madame, et j'avoue...
CLÉOPATRE
Photin, je parle au roi ; vous répondrez pour tous Quand je m'abaisserai jusqu'à parler à vous.
PTOLOMÉE, à Photin.
Il faut un peu souffrir de cette humeur hautaine. Je sais votre innocence, et je connais sa haine ; Après tout, c'est ma sœur, oyez sans repartir.
CLÉOPATRE
Ah! s'il est encor temps de vous en repentir. Affranchissez- vous d'eux et de leur tyrannie. Rappelez la vertu par leurs conseils bannie. Cette haute vertu dont le ciel et le sang Enflent toujours les cœurs de ceux de notre rang.
PTOLOMÉE
Quoi ! d'un frivole espoir déjà préoccupée, Vous me parlez en reine en parlant de Pompée; Et d'un faux zèle ainsi votre orgueil revêtu Fait agir l'intérêt sous le nom de vertu ! Confessez-le, ma sœur, vous sauriez vous en taire. N'était le testament du feu roi notre père : Vous savez qu'il le garde.
CLÉOPATRE
Et vous saurez aussi Que la seule vertu me fait parler ainsi. Et que, si l'intérêt m'avait préoccupée, J'agirais pour César* et non pas pour Pompée.
Apprenez un secret que je voulais cacher,
Et cessez désormais de me rien reprocher.
Quand ce peuple insolent qu'enferme Alexandrie
Fit quitter au feu roi son trône et sa patrie.
Et que jusque dans Rome il alla du sénat
Implorer la pitié contre un tel attentat,
n nous mena tous deux pour toucher son courage,
Vous assez jeune encor, moi déjà dans un ftge
Où ce peu de beauté que m'ont donné les cieux
D'un assez vif éclat faisait briUer mes yeux.
César en fut épris, et du moins j'eus la gloire
De le voir hautement donner lieu de le croire ;
Mais, voyant contre lui le sénat irrité.
Il fit agir Pompée et son autorité.
Ce dernier nous servit à sa seule prière.
Qui de leur amitié fut la preuve dernière :
Vous en savez l'effet, et vous en jouissez.
Mais pour un tel amant ce ne fut pas assez :
Après avoir pour nous employé ce grand homme.
Qui nous gagna soudain toutes les voix de Rome,
Son amour en voulut seconder les efforts.
Et, nous ouvrant son cœur, nous ouvrit ses trésors :
Nous eûmes de ses feux, encore en leur naissance.
Et les nerfs de la guerre, et ceux de la puissance ;
Et les mille talents qui lui sont encor dus
Remirent en nos mains tous nos États perdus.
Le roi, qui s'en souvint à son heure fatale.
Me laissa comme à vous la dignité royale,
Et, par son testament, il vous fit cette loi
Pour me rendre une part de ce qu'il tint de moi.
C'est ainsi qu'ignorant d'où vint ce bon office,
Vous appelez faveur ce qui n'est que justice,
Et l'osez accuser d'une aveugle amitié,
Quand du tout qu'il me doit il me la rend la moitié.
PTOLOMÉE
Certes, ma sœur, le conte est fait avec adresse.