ACTE II, SCÈNE III
OfiBrir en sûreté mon trône et votre cœur.
CLÉOPÂTRE
Je ferai mes présents, n'ayez soin que des vôtres, Et dans vos intérêts n'en confondez point d'autres.
PTOLOMÉE
Les vôtres sont les miens, étant de même sang.
CLÉOPÂTRE
Vous pouvez dire encore, étant de même rang. Etant rois Tun et l'autre ; et toutefois je pense Que nos deux intérêts ont quelque différence.
PTOLOMÉE
Oui, ma sœur; car l'État, dont mon cœur est content. Sur quelques bords du Nil à grand'peine s'étend : Mais César, à vos lois soumettant son courage. Vous va faire régner sur le Gange et le Tage.
CLEOPATRE
J'ai de l'ambition, mais je la sais régler :
Elle peut m'éblouir, et non pas m' aveugler.
Ne parlons point ici du Tage, ni du Gange ;
Je connais ma portée, et ne prends point le change.
PTOLOMÉE
L'occasion vous rit, et vous en userez.
CLÉOPÂTRE
Si je n'en use bien, vous m'en accuserez.
PTOLOMÉE
J'en espère beaucoup, vu l'amour qui l'engage.
CLÉOPÂTRE
Vous la craignez peut-être encore davantage ; Mais, quelque occasion qui me rie aujourd'hui. N'ayez aucune peur, je ne veux rien d'autrui ; Je ne garde pour vous ni haine, ni colère ; Et je suis bonne sœur, si vous n'êtes bon frère.
PTOLOMÉE
Vous montrez cependant un peu bien du mépris !
CLÉOPÂTRE
Le temps de chaque chose ordonne et fait le prix.
PTOLOMÉE
Votre façon d'agir le fait assez connaître.
CLÉOPATRE
Le grand César arrive» et vous ayez un maître.
PTOLOMÉE
n Test de tout le monde, et je Fai fait le mien.
CLÉOPATRE
Allez lui rendre hommage, et j'attendrai le sien. Allez, ce n'est pas trop pour lui cpie de vous-même : Je garderai pour vous l'honneur du diadème. Photin vous vient aider à le bien recevoir ; Consiiltez avec lui quel est votre devoir.