‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 246 sur 386 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Augmente avec le temps, et porte un coup plus rude.

Ainsi n'espérez pas de le voir modéré ;

Par adresse il se fâche après s'être assuré.

Sa puissance établie, il a soin de sa gloire.

Il poursuivait Pompée, et chérit sa mémoire ;

Et veut tirer à soi, par un courroux accort,

L'honneur de sa vengeance et le fruit de sa mort.

PTOLOMÉE

Ah! si je t'avais cru, je n'aurais pas de maître; Je serais dans le trône où le ciel m'a fait naître : Mais c'est une imprudence assez commune aux rois D'écouter trop d'avis, et se tromper au choix ; Le destin les aveugle au bord du précipice ; Ou si quelque lumière en leur flme se glisse, Cette fausse clarté, dont il les éblouit, Les plonge dans un gouffre, et puis s'évanouit.

PHOTIN

J'ai mal connu César ; mais puisqu'en son estime Un si rare service est un énorme crime, n porte dans son flanc de quoi nous en laver : C'est là qu'est notre grâce, il nous l'y faut trouver. Je ne vous parle plus de souffrir sans murmure. D'attendre son départ pour venger cette injure ; Je sais mieux conformer les remèdes au mal : Justifions sur lui la mort de son rival ; Et notre main alors également trempée Et du sang de César et du sang de Pompée, Rome, sans leur donner de titres différents. Se croira par vous seul libre de deux tyrans.

PTOLOMÉE

Oui, par là seulement ma perte est évitable ; C'est trop craindre un tyran que j'ai fait redoutable : Montrons que sa fortune est l'œuvre de nos mains ; Deux fois en même jour disposons des Romains ; Faisons leur liberté comme leur esclavage. César, que tes exploits n'enflent plus ton courage ;

Considère les miens, tes yeux en sont témoins.

Pompée était mortel, et tu ne Tes pas moins :

Il pouvait plus que toi ; tu lui portais envie :

Tu n'as, non plus que lui, qu'une ftme et qu'une vie ;

Et son sort que tu plains te doit faire penser

Que ton cœur est sensible, et qu'on peut le percer.

Tonne , tonne à ton gré ; fais peur de ta justice :

C'est à moi d'apaiser Rome par ton supplice;

C'est à moi de punir ta cruelle douceur.

Qui n'épargne en un roi que le sang de sa sœur.

Je n'abandonne plus ma vie et ma puissance

Au hasard de sa haine , ou de ton inconstance ;

Ne crois*pas que jamais tu puisses à ce prix

Récompenser sa flamme , ou punir ses mépris :

J'emploierai contre toi de plus nobles maximes.

Tu m'as prescrit tantôt de choisir des victimes ,

De bien penser au choix : j'obéis , et je voi

Que je n'en puis choisir de plus digne que toi ,

Ni dont le sang offert , la fumée et la cendre ,

Puissent mieux satisfaire aux mftnes de ton gendre.

Mais ce n'est pas assez , amis , de s'irriter ; Il faut voir quels moyens on a d'exécuter : Toute cette chaleur est peut-être inutile ; Les soldats du tyran sont maîtres de la ville ; Que pouvons-nous contre eux? et, pour les prévenir, Quel temps devons-nous prendre, et quel ordre tenir?

ÂGHILLAS.

Nous pouvons tout, seigneur, en l'état où nous sommes, A deux milles d'ici vous avez six mille hommes, Que depuis quelques jours craignant des remuements , Je faisais tenir prêts à tous événements ; Quelques soins qu'ait César, sa prudence est déçue. Cette ville a sous terre une secrète issue , Par où fort aisément on les peut cette nuit Jusque dans le palais introduire sans bruit : Car contre sa fortune aller à force ouverte ,

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