CHARMION; ROMAINS
CORNÉLIE
César, prends garde à toi :
Ta mort est résolue, on la jure, on l'apprête ; A celle de Pompée on veut joindre ta tête. Prends-y garde. César, ou ton sang répandu Bientôt parmi le sien se verra confondu. Mes esclaves en sont ; apprends de leurs indices L'auteur de l'attentat, et l'ordre, et les complices : Je te les abandonne.
GÉSÂR.
0 cœur vraiment romain, Et digne du héros qui vous donna la main !
Ses mânes, qui du ciel ont vu de quel courage Je préparais la mienne à venger son outrage, Mettant leur haine bas, me sauvent aujourd'hui Par la moitié qu'en terre il nous laisse de lui. n vit, il vit encore en Tobjet de sa flamme ; D parle par sa bouche, il agit dans son Ame ; D la pousse, et l'oppose à cette indignité. Pour me vaincre par elle en générosité.
CORNÉLIE
Tu te flattes, César, de mettre en ta croyance
Que la haine ait fait place à la reconnaissance :
Ne le présume plus; le sang de mon époux
À rompu pour jamais tout commerce entre nous.
J'attends la liberté qu'ici tu m'as ofierte,
Afin de l'employer tout entière à ta perte;
Et je te chercherai partout des ennemis.
Si tu m'oses tenir ce que tu m'as promis.
Mais, avec cette soif que j'ai de ta ruine,
Je me jette au-devant du coup qui t'assassine,
Et forme des désirs avec trop de raison
Pour en aimer l'effet par une trahison :
Qui la sait et la souffre a part à l'infamie.
Si je veux ton trépas, c'est en juste ennemie :
Mon époux a des fils ; il aura des neveux :
Quand ils te combattront, c'est là que je le veux ;
Et qu'une digne main par moi-même animée,
Dans ton champ de bataille, aux yeux de ton armée.
T'immole noblement et par un digne effort
Aux mânes du héros dont tu venges la mort.
Tous mes soins , tous mes vœux hâtent cette vengeance
Ta perte la recule, et ton salut l'avance.
Quelque espoir qui d'ailleurs me l'ose ou puisse offrir,
Ma juste impatience aurait trop à souffrir :
La vengeance éloignée est à demi perdue ;
Et quand il faut l'attendre, elle est trop cher vendue.
Je n'irai point chercher sur les bords africains