‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 257 sur 386 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

Tout couvert de son sang, et plus mort que lui-même,

Après avoir cent fois maudit le diadème,

Madame, j'ai porté mes pas et mes sanglots

Du côté que le vent poussait encor les flots.

Je cours longtemps en vain; mais enfin d'une roche

J'en découvre le tronc vers un sable assez proche,

Oîi la vague en courroux semblait prendre plaisir

A feindre de le rendre, et puis s'en ressaisir.

Je m'y jette, et l'embrasse, et le pousse au rivage ;

Et, ramassant sous lui le débris d'un naufrage.

Je lui dresse un bûcher à la hâte et sans art.

Tel que je pus sur l'heure, et qu'il plut au hasard.

A peine brûlait-il, que le ciel plus propice

M'envoie un compagnon en ce pieux office :

Cordus, un vieux Romain qui demeure en ces lieux,

Retournant de la ville, y détourne les yeux;

Et n'y voyant qu'un tronc dont la tête est coupée,

A cette triste marque il reconnaît Pompée.

Soudain la larme à l'œil : « 0 toi, qui que tu sois,

» A qui le ciel permet de si dignes emplois,

» Ton sort est bien, dit-il, autre que tu ne penses ;

» Tu crains des châtiments, attends des récompenses.

» César est en Egypte, et venge hautement

» Celui pour qui ton zèle a tant de sentiment.

» Tu peux faire éclater les soins qu'on t'en voit prendre,

» Tu peux même à sa veuve en reporter la cendre.

» Son vainqueur l'a reçue avec tout le respect

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