‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 295 sur 386 · ACTE m, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III

Ce malheureux jaloux s'est blessé le cerveau D'un festin qu'hier au soir il m'a donné sur l'eau. Juge un peu si la pièce a la moindre apparence! Alcippe cependant m'accuse d'inconstance, Me fait une querelle oix je ne comprends rien. J'ai, dit-il, toute nuit souffert son entretien; n me parle de bal, de danse, de musique, D'une collation superbe et magnifique.

Servie à tant de plats, tant de fois redoublés. Que j'en ai la cervelle et les esprits troublés.

ISABELLE

Reconnaissez par là que Dorante vous aime. Et que dans son amour son adresse est extrême ; Il aura su qu'Alcippe était bien avec vous. Et pour l'en éloigner il l'a rendu jaloux. Soudain à cet effort il en a joint un autre : Il a fait que son père est venu voir le vôtre. Un amant peut-il mieux agir en un moment Que de gagner un père et brouiller l'autre amant? Votre père l'agrée, et le sien vous souhaite; Il vous aime, il vous plaît, c'est une affaire faite.

CLARICE

Elle est faite, de vrai, ce qu'elle se fera.

ISABELLE

Quoi! votre cœur se change, et désobéira?

Tu vas sortir de garde, et perdre tes mesures. Explique, si tu peux, encor ses impostures :

Il était marié sans que l'on en sût rien; Et son père a repris sa parole du mien. Fort triste de visage et fort confus dans l'âme.

ISABELLE

Ah ! je dis à mon tour : Qu'il est fourbe, madame ! C'est bien aimer la fourbe, et l'avoir bien en main. Que de prendre plaisir à.fourber sans dessein. Car, pour moi, plus j'y songe, et moins je puis comprendre

Quel fruit auprès de vous il en ose prétendre.

Mais qu'allez-vous donc faire? et pourquoi lui parler?

Est-ce à dessein d'en rire, ou de le quereller?

CLARICE

Je prendrai du plaisir du moins à le confondre.

ISABELLE

J'en prendrais davantage à le laisser morfondre.

CLARICE

Je veux l'entretenir par curiosité.

Mais j'entrevois quelqu'un dans cette obscurité, Et si c'était lui-même, il pourrait me connaître : Entrons donc chez Lucrèce, allons à sa fenêtre, Puisque c'est sous son nom que je dois lui parler. Mon jaloux, après tout, sera mon pis aller. Si sa mauvaise humeur déjà n'est apaisée. Sachant ce que je sais, la chose est fort aisée.

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