‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 298 sur 386 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Qui sur ce faux rapport puisse être balancée, Cessez d*être en balance, et de vous défier De ce qu'il m'est aisé de vous justifier.

CLÂRICE, à Lacrèce.

On dirait qu'il dit vrai, tant son effronterie Avec naïveté pousse une menterie.

DORANTE

Pour vous ôter de doute, agréez que demain En qualité d'époux je vous donne la main.

CLÂRICE.

Hé ! vous la donneriez en un jour à deux mille.

DORANTE

Certes, vous m'allez mettre en crédit par la ville. Mais en crédit si grand, que j'en crains les jaloux.

CLARICE

C'est tout ce que mérite un homme tel que vous, Un homme qui se dit un grand foudre de guerre. Et n'en a vu qu'à coups d'écritoire ou de verre; Qui vint hier de Poitiers, et conte, à son retour. Que depuis une année il fait ici sa cour; Qui donne toute nuit festin, musique, et danse. Bien qu'il l'ait dans son lit passée en tout silence ; Qui se dit marié, puis soudain s'en dédit. Sa méthode est jolie à se mettre en crédit ! Vous-même apprenez-moi comme il faut qu'on le nomme.

CLITON, à DoraDle.

Si VOUS vous en tirez, je vous tiens habile homme.

DORANTE, à Cliton.

Ne t'épouvante point, tout vient en sa saison.

(A Clarice.)

De ces inventions chacune a sa raison;

Sur toutes quelque jour je vous rendrai contente :

Mais à présent je passe à la plus importante.

J'ai donc feint cet hymen (pourquoi désavouer Ce qui vous forcera vous-même à me louer?). Je l'ai feint, et ma feinte à vos mépris m'expose.

Mais si de ces détours vous seule étiez la cause?

GLÂRIGE.

Moi?

DORANTE

Vous. Écoutez-moi. Ne pouvant consentir...

CLITON, à Dorante.

De grâce, dites-moi si vous allez mentir.

DORANTE, bas à Cliton.

Ah! je t'arracherai cette langue importune.

(A Glarice.)

Donc comme à vous servir j'attache ma fortune, L'amour que j'ai pour vous ne pouvant consentir Qu'un père à d'autres lois voulût m'assujettir...

GLARIGE, bas à Lucrèce.

Il fait pièce nouvelle, écoutons.

DORANTE

Cette adresse A conservé mon âme à la belle Lucrèce ; Et, par ce mariage au besoin inventé.

J'ai su rompre celui qu'on m'avait apprêté. Blâmez-moi de tomber en des fautes si lourdes. Appelez-moi grand fourbe et grand donneur de bourdes ; Mais louez-moi du moins d'aimer si puissamment, Et joignez à ces noms celui de votre amant. Je fais par cet hymen 'banqueroute à tous autres ; J'évite tous leurs fers pour mourir dans les vôtres; Et, libre pour entrer en des Uens si doux. Je me fais marié pour toute autre que vous.

GLARIGE.

Votre flamme en naissant a trop de violence. Et me laisse toujours en juste défiance. Le moyen que mes yeux eussent de tels appas Pour qui m'a si peu vue et ne me connaît pas?

DORANTE

Je ne vous connais pas ! Vous n'avez plus de mère ; Périandre est le nom de monsieur votre père ;

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