SCÈNE in
DORANTE, CLITON
CLITON
Il est mort! Quoi! monsieur, vous m'en donnez aussi. A moi, de votre cœur l'unique secrétaire, A moi, de vos secrets le grand dépositaire! Avec ces qualités j'avais lieu d'espérer Qu'assez malaisément je pourrais m'en parer.
DORANTE
Quoi! mon combat te semble un conte imaginaire?
CLITON
Je croirai tout, monsieur, pour ne vous pas déplaire ; Mais vous ei\ contez tant, à toute heure, en tous lieux.
Qu'il faut bien de Tesprit avec vous, et bons yeux. Maure, Juif, ou chrétien, vous n'épargnez personne.
Alcippe te surprend ! sa guérison t'étonne !
L'état oti je le mis était fort périlleux ;
Mais il est à présent des secrets merveilleux :
Ne t*a-t-on point parlé d'une source de vie
Que nomment nos guerriers poudre de sympathie?
On en voit tous les jours des effets étonnants.
CLITON
Encor ne sont-ils pas du tout si surprenants; Et je n'ai point appris qu'elle eût tant d'efficace, Qu'un homme que pour mort on laisse sur la place, Qu'on a de deux grands coups percé de part en part, Soit dès le lendemain si frais et si gaillard.
DORANTE
La poudre que tu dis n'est .que de la commune ;
On n'en fait plus de cas : mais, Cliton, j'en sais une
Qui rappelle sitôt des portes du trépas.
Qu'en moins d'un tourne-main on ne s'en souvient pas ;
Quiconque la sait faire a de grands avantages.
CLITON
Donnez-m'en le secret, et je vous sers sans gages.
DORANTE
Je te le donnerais, et tu serais heureux; Mais le secret consiste en quelques mots hébreux. Qui tous à. prononcer sont si fort difficiles. Que ce serait pour toi des trésors inutiles.
Vous savez donc l'hébreu?
DORANTE
L'hébreu ! parfaitement :
J'ai dix langues, Cliton, à mon commandement.
CLITON
Vous auriez bien besoin de dix des mieux nourries. Pour fournir tour à tour à tant de menteries ;