‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 315 sur 386 · CLARICE, LUCRÈCE, SABINE · texte numérisé non relu

CLARICE, LUCRÈCE, SABINE

CLARICE

Il t'en veut tout de bon, et m'en voilà défaite : Mais je souffre aisément la perte que j'ai faite ; Alcippe la répare, et son père est ici.

416 LE MBNTBOR.

LUCRÈCE

Te Yoilà donc bientôt quitte d'un grand souci?

CIAR1CE.

M'en Toilà bientôt quitte ; et toi, te Yoilà prête A t'enrichir bientôt d'une étrange conquête. Tu sais ce qu'il m'a dit.

SABINE

S'il TOUS mentait alors, A présent il dit vrai ; j'en réponds corps pour corps.

CLARICE

Peut-être qu'il le dit ; mais c'est un grand peut-être.

LUCRÈCE

Dorante est un grand fourbe, et nous l'a fait connaître ; Mais s'il continuait encore à m'en conter. Peut-être arec le temps il me ferait douter.

CLARICE

Si tu l'aimes, du moins, étant bien avertie, Prends bien garde h ton Cût, et fiiis bien ta partie.

LUCRÈCE

C'en est trop ; et tu dois seulement présumer Que je penche h le croire, et non pas h l'aimer.

De le croire à l'aimer la distance est petite : Qui fait croire ses feux fait croire son mérite ; Ces deux points en amour se suivent de si près, Que qui se croit aimée aime bientôt après.

LUCRÈCE

La curiosité souvent dans quelques ftmes

Produit le même effet que produiraient des flammes.

CLARICE

Je suis prête à le croire, afin de t'obliger.

SABINE

Vous me feriez ici toutes deux enrager. Voyez, qu'il est besoin de tout ce badinage ! Faites moins la sucrée, et changez de langage. Ou vous n'en casserez, ma foi, que d'une dent.

Page 1