‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 318 sur 386 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

GÉRONTE

Et le père d'Orphise, Cette rare beauté qu'en ces lieux même on prise? Vous connaissez le nom de cet objet charmant Qui fait de ces cantons le plus digne ornement?

PBILISTE.

Croyez que cette Orphise, Armédon, et Pyrandre, Sont gens dont à Poitiers on ne peut rien apprendre. S'il vous faut sur ce point encor quelque garant. . . .

GÉRONTE

En faveur de mon fils vous faites l'ignorant; Mais je ne sais que trop qu'il aime cette Orphise, Et qu'après les douceurs d'une longue hantise, On l'a seul dans sa chambre avec elle trouvé ; Que par son pistolet un désordre arrivé L'a forcé sur-le-champ d'épouser cette belle. Je sais tout; et de plus, ma bonté paternelle M'a fait y consentir; et votre esprit discret N'a plus d'occasion de m'en faire un secret.

PHILISTE

Quoi! Dorante a donc fait un secret mariage?

GÉRONTE

Et, comme je suis bon, je pardonne à son âge.

PHILISTE

Qui vous l'a dit?

GÉRONTE

Lui-même.

PHILISTE

Ah ! puisqu'il vous l'a dit, n vous fera du reste un fidèle récit ; Il en sait mieux que moi toutes les circonstances : Non qu'il vous faille en prendre aucunes défiances; Mais il a le talent de bien imaginer.

Et moi je n'eus jamais celui de deviner.

GÉRONTE

Vous me feriez par là soupçonner son histoire.

PHILISTE

Non, sa parole est sûre, et vous pouvez l'en croire :

Mais il nous servit hier d'une collation

Qui partait d'un esprit de grande invention ;

Et, si ce mariage est de même méthode,

La pièce est fort complète et des plus à la mode.

GÉRONTE

Prenez-vous du plaisir à me mettre en courroux?

PHILISTE

Ma foi , vous en tenez aussi bien comme nous ; Et, pour vous en parler avec toute franchise, Si vous n'avez jamais pour bru que cette Orphise , Vos chers collatéraux s'en trouveront fort bien. Vous m'entendez ; adieu : je ne vous dis plus rien.

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