ACTE I, SCÈNE III
Et comme de soi-même il marque un grand mérite, Dessous cette couleur il parle, il sollicite. Peint Tobjet aussi beau qu'on le voit généreux ; Et si Ton n*est ingrat, il faut être amoureux.
Votre amour va toujours d'un étrange caprice : Dès l'abord autrefois vous aimâtes Clarice ; Celle-ci, sans la voir : mais, monsieur, votre nom. Lui deviez-vous l'apprendre, et sitôt?
DORANTE
Pourquoi non?
J'ai cru le devoir faire, et l'ai fait avec joie.
CLÏTON.
Il est plus décrié que la fausse monnoie.
DORANTE
Mon nom?
CLÏTON. ♦ ^
Oui. Dans Paris, en langage commun.
Dorante et le Menteur à présent ce n'est qu'un; Et vous y possédez ce haut degré de gloire. Qu'en une comédie on a mis votre histoire.
DORANTE
En une comédie?
CLITON
Et si naïvement.
Que j'ai cru, la voyant, voir un enchantement. On y voit un Dorante avec votre visage ; On le prendrait pour vous; il a votre air, votre âge, Vos yeux, votre action, votre maigre embonpoint. Et paraît, comme vous, adroit au dernier point. Comme à l'événement j'ai part à la peinture; Après votre portrait on produit ma figure. Le héros de la farce, un certain Jodelet, Fait marcher après vous votre digne valet ; Il a jusqu'à mon nez et jusqu'à ma parole, Et nous avons tous deux appris en même école :
C'est Toriginal même, il vaut ce que je vaux ;
Si quelque autre s'en mêle, o» peut s'inscrire en faux ;
Et tout autre que lui dans cette comédie
N'en fera jamais voir qu'une fausse copie.
Pour Clarice et Lucrèce, elles en ont quelque air :
Philiste avec Alcippe y vient vous accorder.
Votre feu père même est joué sous le masque.
DORANTE
Cette pièce doit être et plaisante et fantasque. Mais son nom?
CLTTON.
Votre nom de guerre, le Menteur.
DORANTE
Les vers en sont-ils bons? fait-on cas de l'auteur?
* \ CLITON
La pièce a réussi, quoique faible de style.
Et d'un nouveaiF^verbe elle enrichit la ville ;
De sorte qu'aujourd'hui presque en tous les quartiers
On dit, quand quelqu'un ment, qu'il revient de Poitiers.
Et pour moi, c'est bien pis, je n'ose plus paraître.
Ce maraud de farceur m'a fait si bien connaître,
Que les petits enfants, sitôt qu'on m'aperçoit.
Me courent dans la rue, et me montrent au doigt;
Et chacun rit de voir les courtauds de boutique,
Grossissant à l'envi leur chienne de musique.
Se rompre le gosier, dans cette belle humeur,
A crier après moi : le valet du menteur!
Vous en riez vous-même!
DORANTE
Il faut bien que j'en rie. .
CLITON
Je n'y trouve que rire , et cela vous décrie , Mais si bien, qu'à présent, voulant vous marier, Vous ne trouveriez pas la fille d'un huissier, Pas celle d'un recors, pas d'un cabaret même.