ACTE II, SCÈNE î
LYSE
Et que fera, madame, Cet autre cavalier dont vous possédez Tâme, Votre amant?
MÉLISSE
Qui?
LYSE
Philiste.
MÉLISSE
Ah! ne présume pas Que son cœur soit sensible au peu que j'ai d'appas; n fait mine d'aimer, mais sa galanterie N'est qu'un amusement et qu'une raillerie.
LYSE
n est riche, et parent des premiers de Lyon.
MÉLISSE
Et c'est ce qui le porte à plus d'ambition.
S'il me voit quelquefois, c'est comme par surprise;
Dans ses civilités on dirait qu'il méprise,
Qu'un seul mot de sa bouche est un rare bonheur,
Et qu'un de ses regards est un excès d'honneur.
L'amour même d'un roi me serait importune.
S'il fallait la tenir à si haute fortune.
La sienne est un trésor qu'il fait bien d'épargner;
L'avantage est trop grand, j'y pourrais trop gagner.
Il n'entre point chez nous , et, quand il me rencontre.
Il semble qu'avec peine à mes yeux il se montre.
Et prend l'occasion avec une froideur
Qui craint en me parlant d'abaisser sa grandeur.
LYSE
Peut-être il est timide, et n'ose davantage.
MÉLISSE
S'il craint, c'est que l'amour trop avant ne l'engage. Il voit souvent mon frère, et ne parle de rien.
LYSE
Mais vous le recevez, ce me semble, assez bien.
MÉLISSE
Comme je ne suis pas en amour des plus fines. Faute d'autre j'en souffre, et je lui rends ses mines ; Mais je commence à voir que de tels cajoleurs Ne font qu'effaroucher les partis les meilleurs. Et ne dois plus souffirir qu'avec cette grimace D'un véritable amant il occupe la place.
LYSE
Je l'ai vu pour vous voir faire beaucoup de tours.
Qui l'empêche d'entrer, et me voir tous les jours? Cette façon d'agir est-elle plus polie ? Croit-il...
LYSE
Les amoureux ont chacun leur folie :
La sienne est de vous voir avec tant de respect. Qu'il passe pour superbe, et vous devient suspect ; Et la vôtre, un dégoût de cette retenue , Qui vous fait mépriser la personne connue, Pour donner votre estime, et chercher avec soin L'amour d'un inconnu, parce qu'il est de loin.