ACTE II, SCÈNE V
Qui s'empare des cœurs avec son revenu,
Est-elle encore aimable? a-t-elle encor des charmes?
Par générosité lui rendrons-nous les armes?
DORANTE
diton, je la tiens belle, et m*ose figurer Qu'elle n*a rien en soi qu'on ne puisse adorer. Qu'en imagines-tu?
CLITON
J'en fais des conjectures Qui s'accordent fort mal avecque vos figures. Vous payer par avance, et vous cacher son nom, Quoi que vous présumiez, ne marque rien de bon. A voir ce qu'elle a fait, et comme elle procède. Je jurerais, monsieur, qu'elle est ou vieille ou laide, Peut-être l'une et l'autre, et vous a regardé Comme un galant commode, et fort incommodé.
DORANTE
Tu parles en brutal.
CLITON
Vous en visionnaire.
Mais si je disais vrai, que prétendez-vous faire?
DORANTE
Envoyer et la dame et les amours au vent.
CLITON
Mais vous avez reçu : quiconque prend se vend.
DORANTE
Quitte pour lui jeter son argent à la tête.
Le compliment est doux, et la défaite honnête. Tout de bon à ce coup vous êtes converti ; Je le soutiens, monsieur, le proverbe a menti. Sans scrupule autrefois, témoin votre Lucrèce, Vous emportiez l'argent, et quittiez la maîtresse ; Mais Rome vous a fait si grand homme de bien, Qu'à présent vous voulez rendre à chacun le sien. Vous vous êtes instruit des cas de conscience.
DORANTE
Tu m'embrouilles Tesprit faute de patience.
Deux ou trois jours peut-être, un peu plus , un peu moins ,
Éclairciront ce trouble, et purgeront ces soins.
Tu sais qu'on m'a promis que la beauté qui m'aime
Viendra me rapporter sa réponse elle-même :
Vois déjà sa servante, elle revient.
CLITON
Tant pis.
Dussiez-vous enrager, c'est ce que je vous dis. Si fréquente ambassade, et maîtresse invisible. Sont de ma conjecture une preuve infaillible. Voyons ce qu'elle veut, et si son passe-port Est aussi bien fourni comme au premier abord.
DORANTE
Veux-tu qu'à tous moments il pleuve des pistoles?
Qu'avons-nous sans cela besoin de ses paroles?