‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 360 sur 386 · ACTE i;il, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE i;il, SCÈNE

LYSE

J'amène ici ma sœur, parce qu'il s'en va nuit. Mais vous pensez en vain chercher une défaite : Demandez-lui, monsieur, quelle vie on m'a faite.

DORANTE

Quoi ! ta maltresse sait que tu me l'as laissé?

LYSE

Elle s'en est doutée, et je l'ai confessé.

DORANTE

Elle s'en est donc mise en colère?

LYSE

Et si forte.

Que je n'ose rentrer si je ne le rapporte : Si vous vous obstinez à me le retenir, Je ne sais dès ce soir, monsieur, que devenir; Ma fortune est perdue, et dix ans de service.

Ecoute ; il n'est pour toi chose que je ne fisse : Si je te nuis ici, c'est avec grand regret; JBais on aura mon cœur avant que ce portrait.

Va dire de ma part à celle qui t'envoie Qu'il fait tout mon bonheur, qu'il fait toute ma joie, Que rien n'approcherait de mon ravissement. Si je le possédais de son consentement ; Qu'il est l'unique bien où mon espoir se fonde. Qu'il est le seul trésor qui me soit cher au monde. Et, quant à ta fortune, il est en mon pouvoir De la faire monter par delà ton espoir.

LYSE

Je ne .veux point de vous, ni de vos récompenses.

DORANTE

Tu me dédaignes trop.

LYSE

Je le dois.

CLITON

Tu l'offenses.

Mais voulez-vous, monsieur, me croire et vous venger? Rendez-lui son portrait pour la faire enrager.

LYSE

0 le grand habile homme! il y connaît finesse. C'est donc ainsi, monsieur, que vous tenez promesse? Mais puisque auprès de vous j'ai si peu de crédit, Demandez à ma sœur ce qu'elle m'en a dit, Et si c'est sans raison que j'ai tant d'épouvante.

Tu verras que ta sœur sera plus obligeante ;

Mais si ce grand courroux lui donne autant d'effroi,

Je ferai tout autant pour elle que pour toi.

LYSE

N'importe, parlez-lui; du moins vous saurez d'elle Avec quelle chaleur j'ai pris votre querelle.

DORANTE, à Mélisse.

Son ordre est-il si rude?

MÉLISSE

Il est assez exprès ; Mais, sans mentir, ma sœur vous presse un peu de près : Quoi qu'elle ait commandé, la chose a deux visages.

CLITON

Comme toutes les deux jouent leurs personnages !

MÉLISSE

Souvent tout cet effort à ravoir un portrait

N'est que pour voir l'amour par l'état qu'on en fait.

C'est peut être après tout le dessein de madame.

Ma sœur, non plus que moi, ne lit pas dans son âme;

En ces occasions il fait bon hasarder,

Et de force ou de gré je saurais le garder.

Si vous l'aimez, monsieur, croyez qu'en son courage

Elle vous aime assez pour vous laisser ce gage :

Ce serait vous traiter avec trop de rigueur.

Puisque avant ce portrait on aura votre cœur;

Et je la trouverais d'une humeur bien étrange

Si je ne lui faisais accepter cet échange.

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