SCÈNE L
MÉLISSE, LYSE
MÉLISSE
J'en tremble encor de peur, et n'en suis pas remise,
Aussi bien comme vous je pensais être prise.
MÉLISSE
Non, Philiste n'est fait que pour m'incommoder. Voyez ce qu'en ces lieux il venait demander.
S'il est heure si tard de faire une visite.
LYSE
Un ami véritable à toute heure s'acquitte ;
Mais un amant fâcheux, soit de jour, soit de nuit,
Toujours à contre-temps à nos yeux se produit;
Et, depuis qu'une fois il commence à déplaire,
Il ne manque jamais d'occasion contraire :
Tant son mauvais destin semble prendre de soins
A mêler sa présence où l'on la veut le moins !
MÉLISSE
Quel désordre eût-ce été, Lyse, s'il m'eût connue!
LYSE
H vous aurait donné fort avant dans la vue.
MÉLISSE
Quel bruit et quel éclat n'eût point fait son courroux!
LYSE
Il eût été peut-être aussi honteux que vous.
Un homme un peu content et qui s'en fait accroire. Se voyant méprisé, rabat bien de sa gloire, Et, surpris qu'il en est en telle occasion. Toute sa vanité tourne en confusion.
Quand il a de l'esprit, il sait rendre le change. Loin de s'en émouvoir, en raillant il se venge, Affecte des mépris, comme pour reprocher Que la perte qu'il fait ne vaut pas s'en fâcher; Tant qu'il peut, il témoigne une âme indifférente. Quoi qu'il en soit enfin, vous avez vu Dorante, Et fort adroitement je vous ai mise en jeu.
MÉLISSE
Et fort adroitement tu m'as fait voir son feu.
LYSE
Eh bien! mais que vous semble encor du personnage? Vous en ai-je trop dit?
MÉLISSE
J'en ai vu davantage.