‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 365 sur 386 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

MÉLISSE, LYSE

MÉLISSE

J'en tremble encor de peur, et n'en suis pas remise,

Aussi bien comme vous je pensais être prise.

MÉLISSE

Non, Philiste n'est fait que pour m'incommoder. Voyez ce qu'en ces lieux il venait demander.

S'il est heure si tard de faire une visite.

LYSE

Un ami véritable à toute heure s'acquitte ;

Mais un amant fâcheux, soit de jour, soit de nuit,

Toujours à contre-temps à nos yeux se produit;

Et, depuis qu'une fois il commence à déplaire,

Il ne manque jamais d'occasion contraire :

Tant son mauvais destin semble prendre de soins

A mêler sa présence où l'on la veut le moins !

MÉLISSE

Quel désordre eût-ce été, Lyse, s'il m'eût connue!

LYSE

H vous aurait donné fort avant dans la vue.

MÉLISSE

Quel bruit et quel éclat n'eût point fait son courroux!

LYSE

Il eût été peut-être aussi honteux que vous.

Un homme un peu content et qui s'en fait accroire. Se voyant méprisé, rabat bien de sa gloire, Et, surpris qu'il en est en telle occasion. Toute sa vanité tourne en confusion.

Quand il a de l'esprit, il sait rendre le change. Loin de s'en émouvoir, en raillant il se venge, Affecte des mépris, comme pour reprocher Que la perte qu'il fait ne vaut pas s'en fâcher; Tant qu'il peut, il témoigne une âme indifférente. Quoi qu'il en soit enfin, vous avez vu Dorante, Et fort adroitement je vous ai mise en jeu.

MÉLISSE

Et fort adroitement tu m'as fait voir son feu.

LYSE

Eh bien! mais que vous semble encor du personnage? Vous en ai-je trop dit?

MÉLISSE

J'en ai vu davantage.

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