‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 37 sur 386 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

D. DIÈGUE

Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse :

Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse ;

Toujours quelques soucis en ces événements

Troublent la pureté de nos contentements.

Au milieu du bonheur mon Ame en sent l'atteinte ;

Je nage dans la joie, et je tremble de crainte.

J'ai vu mort l'ennemi qui m'avait outragé;

Et je ne saurais voir la main qui m'a vengé.

En vain je m'y travaille, et d'un soin inutile.

Tout cassé que je suis, je cours toute la ville :

Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur

Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur.

A toute heure, en tous Ueux, dans une nuit si sombre.

Je pense l'embrasser, et n'embrasse qu'une ombre ;

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