‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 386 sur 386 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

( à Philiste. )

Vous m'aimez : je Tai su de votre propre bouche ,

Je Tai su de Dorante, et votre amour me touche ,

Si trop peu pour vous rendre un amour tout pareil,

Assez pour vous donner un fidèle conseil.

Ne vous obstinez plus à chérir une ingrate;

J*aime ailleurs, c'est en vain qu'un faux espoir vous flatte.

J'aime, et je suis aimée, et mon frère y consent;

Mon choix est aussi beau que mon amour puissant.

Vous l'auriez fait pour moi, si vous étiez mon frère.

C'est Dorante, en un mot, qui seul a pu me plaire.

Ne me demandez point ni quelle occasion.

Ni quel temps entre nous a fait cette union ;

S'il la faut appeler ou surprise, ou constance ;

Je ne vous en puis dire aucune circonstance :

Contentez-vous de voir que mon frère aujourd'hui

L'estime et l'aime assez pour le loger chez lui,

Et d'apprendre de moi que mon cœur se propose

Le change et le tombeau pour une même chose.

Lorsque notre destin nous semblait le plus doux.

Vous l'avez obligé de me parler pour vous ;

Il l'a fait, et s'en va pour vous quitter la place :

Jugez par ce discours quel malheur nous menace.

Voilà cet accident qui le fait retirer:

Voilà ce qui le trouble, et qui me fait pleurer ;

Voilà ce que je crains ; et voilà les alarmes

D'où viennent ses soupirs, et d'où naissent mes larmes.

Ce n'est pas là, Dorante, agir en cavalier. Sur ma parole encor vous êtes prisonnier; Votre liberté n'est qu'une prison plus large; Et je réponds de vous s'il survient quelque charge. Vous partez cependant, et sans m'en avertir! Rentrez dans la prison dont vous vouliez sortir.

DORANTE

Allons, je suis tout prêt d'y laisser une vie

Plus digne de pitié qu'elle n'était d'envie ; Mais, après le bonheur que je vous ai cédé , Je méritais peut-être un plus doux procédé.

PHILISTE

Un ami tel que vous n'en mérite point d'autre. Je vous dis mon secret, vous me cachez le vôtre, Et vous ne craignez point d'irriter mon courroux. Lorsque vous me jugez moins généreux que vous ! Vous pouvez me céder un objet qui vous aime ; Et j'ai le cœur trop bas pour vous traiter de même. Pour vous en céder un à qui l'amour me rend Sinon trop malvoulu, du moins indifférent. Si vous avez pu naître et noble et magnanime, Vous ne me deviez pas tenir en moindre estime : Malgré notre amitié, je m'en dois ressentir. Rentrez dans la prison dont vous vouliez sortir.

GLÉÀNDRE.

Vous prenez pour mépris son trop de déférence. Dont il ne faut tirer qu'une pleine assurance Qu'un ami si parfait, que vous osez blâmer. Vous aime plus que lui, sans vous moins estimer. Si pour lui votre foi sert aux juges d'otage. Permettez qu'auprès d'eux la mienne la dégage, Et, sortant du péril d'en être inquiété , Remettez-lui, monsieur, toute sa Uberté ; Ou, si mon mauvais sort vous rend inexorable. Au lieu de l'innocent arrêtez le coupable : C'est moi qui me sus hier sauver sur son cheval. Après avoir donné la mort à mon rival ; Ce duel fut l'effet de l'amour de Climène, Et Dorante sans vous se fût tiré de peine. Si devant le prévôt son cœur trop généreux N'eût voulu méconnaître un homme malheureux.

'^^ PHILISTE

Je ne demande plus quel secret a pu faire Et l'amour de la sœur, et l'amitié du frère ;

que j'ai va des stances présentées k nne maltresse, qu'elle Tentait d'une haute eioellence, bien qu'elles fassent trës-médiocres ; et cela devenait ridicule. Mélisse loue ici la lettre que Dorante lui a écrite ; et comme elle ne la lit point, l'anteur a liea de croire qa'elle est aussi bien faite qa'elie le dit. Bien que d'abord cette pièce n'eût pas grande approbation, quatre oa cinq ans après la troupe du Marais la remit sur le théâtre avec an succès plus heureux ; mais aucune des troupes qui courent les provinces ne s'en est chargée. Le contraire est arrivé de Théodore^ que les troupes de Paris n'y ont point rétablie depuis sa disgrâce, mais que celles des provinces y ont (kit assez passablement réussir.

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