‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 40 sur 386 · ACTE m, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE VI

Ton prince et ton pays ont besoin de ton bras. La flotte qu'on craignait, dans ce grand fleuve entrée, Croit surprendre la ville et piller la contrée. Les Maures vont descendre ; et le flux et la nuit Dans une heure à nos murs les amène sans bruit. La cour est en désordre, et le peuple en alarmes; On n'entend que des cris, on ne voit que des larmes. Dans ce malheur pubhc mon bonheur a permis Que j*ai trouvé chez moi cinq cents de mes amis. Qui, sachant mon affront, poussés d'un même zèle, Se venaient tous offrir à venger ma querelle. Tu les as prévenus; mais leurs vaillantes mains Se tremperont bien mieux au sang des Africains. Va marcher à leur tête, où l'honneur te demande; C'est toi que veut pour chef leur généreuse bande. De ces vieux ennemis va soutenir l'abord : Là, si tu veux mourir, trouve une belle mort; Prends-en l'occasion, puisqu'elle t'est offerte ; Fais devoir à ton roi son salut à ta perte ; Mais reviens-en plutôt les palmes sur le front. Ne borne pas ta gloire à venger un affront. Porte-la plus avant; force par ta vaillance Ce monarque au pardon, et Ghimène au silence; Si tu l'aimes, apprends que revenir vainqueur C'est l'unique moyen de regagner son cœur. Mais le temps est trop cher pour le perdre en paroles; Je t'arrête eji discours, et je veux que tu voles. Viens, suis-moi, va combattre, et montrer à ton roi Que ce qu'il perd au comte il le recouvre en toi.

•I LE GID.

Page 1