ACTE IV, SCÈNE IL
Mais don Diègue ravi lui présente enchaînés , Au nom de ce vainqueur, ces captife couronnés. Et demande pour grâce à ce généreux prince Qu'il daigne voir la main qui sauve la province
CHIMÈNE
Mais n'est-il point blessé?
ELVIRE
Je n'en ai rien appris.
Vous changez de couleur! reprenez vos esprits.
CHIMÈNE
Reprenons donc aussi ma colère affaibUe : Pour avoir soin de lui, faut-il que je m'oublie? On le vante, on le loue, et mon cœur y consent! Mon honneur est muet, mon devoir impuissant! Silence, mon amour, laisse agir ma colère; S'il a vaincu deux rois, il a tué mon père ; Ces tristes vêtements , où je lis mon malheur. Sont les premiers effets qu'ait produits sa valeur; Et, quoi qu'on die ailleurs d'un cœur si magnanime. Ici tous les objets me parlent de son crime. Vous qui rendez la force à mes ressentiments, Voile, crêpes, habits, lugubres ornements. Pompe où m'ensevelit sa première victoire, Contre ma passion soutenez bien ma gloire ; Et, lorsque mon amour prendra trop de pouvoir, Parlez à mon esprit de mon triste devoir. Attaquez sans rien craindre une main triomphante.
ELVIRE
Modérez ces transports, voici venir Tinfante.