‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 64 sur 386 · ACTE V, SCÈHB VII. W · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈHB VII. W

Et me livrer moi-même au reproche éternel D'avoir trempé mes mains dans le sang paternel?

Le temps assez souvent a rendu légitime Ce qui semblait d'abord ne se pouvoir sans crime. Rodrigue t'a gagnée, et tu dois être à lui. Mais, quoique sa valeur t'ait conquise aujourd'hui, Il faudrait que je fusse ennemi de ta gloire Pour lui donner sitôt le prix de sa victoire. Cet hymen différé ne rompt point une loi Oui, sans marquer de temps, lui destine ta foi. Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes. Rodrigue, cependant il faut prendre les armes. Après avoir vaincu les Maures sur nos bords. Renversé leurs desseins, repoussé leurs efforts. Va jusqu'en leur pays leur reporter la guerre. Commander mon armée, et ravager leur terre. A ce seul nom de Cid ils trembleront d'effroi : Ils t'ont nommé seigneur, et te voudront pour roi. Mais parmi tes hauts faits sois-lui toujours fidèle : Reviens-en, s'il se peut, encor plus digne d'elle; Et par tes grands exploits fais-toi si bien priser. Qu'il lui soit glorieux alors de t'épouser.

D. RODRIGUE

Pour posséder Chimène, et pour votre service. Que peut-on m'ordonner que mon bras n'accomplisse? Quoi qu'absent de ses yeux il me faille endurer, Sire, ce m'est trop d'heur de pouvoir espérer.

D. FERNAND

Espère en ton courage, espère en ma promesse; Et, possédant déjà le cœur de ta maîtresse. Pour vaincre un point d'honneur qui combat contre toi. Laisse faire le temps, ta vaillance, et ton roi.

8g EXAMEN DU CID.

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