ACTE III, S€ÈNE I. ii
Soyons femme de Ton ensemble et sœur des autres ;
Regardons leur honneur comme un souTerain bien ;
Imitons leur constance, et ne craignons plus rien.
La mort qui les menace est une mort si belle.
Qu'il en fout sans frayeur attendre la nouvelle.
N'appelons point alors les destins inhumains ;
Songeons pour quel cause, et non par quelles mains;
Revoyons les vainqueurs, sans penser qu'à la gloire
Que toute leur maison reçoit de leur victoire ;
Et, sans considérer aux dépens de quel sang
Leur vertu les élève en cet illustre rang.
Faisons nos intérêts de ceux de leur famille :
En Tune je suis femme, en l'autre je suis fille ;
Et tiens à toutes deux par de si forts liens.
Qu'on ne peut triompher que par les bras des miens.
Fortune, quelques maux que ta rigueur m'envoie.
J'ai trouvé les moyens d'en tirer de la joie.
Et puis voir aujourd'hui le combat sans terreur.
Les morts sans désespoir, les vainqueurs sans horreur.
Flatteuse illusion, erreur douce et grossière, Vain effort de mon flme, impuissante lumière. De qui le feux brillant prend droit de m'éblouir. Que tu sais peu durer, et tôt t' évanouir ! Pareille à ces éclairs qui, dans le fort des ombies. Poussent un jour qui fuit, et rend les nuits plus sombres. Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté Que pour les abimer dans plus d'obscurité. Tu cbarniais trop ma peine ; et le ciel qui s'en fâQhe, Me vend déjà bien cher ce moment de relâche. Je sens mon triste cœur percé de tous les coups Qui m'ôtent maintenant un frère, ou mon époux. Quand je songe à leur mort, quoi que je me propose. Je songe par quels bras, et non pour quelle cause. Et ne vois les vainqueurs en leur illustre rang Que pour considérer aux dépens de quel sang. La maison des vaincus touche seule mon âme ;
iSO HORACE.
En Tune je suis Me, en Tautre je suis femme, Et tiens à toutes deux par de si forts liens, Qu'on ne peut triompher que par la mort des miens. C'est là donc cette paix que j'ai tant souhaitée? Trop favorables dieux, vous m'avez écoutée! Quels foudres lancez-vous quand vous vous irritez. Si même vos faveurs ont tant de cruautés? Et de quelle façon punissez-vous l'offense. Si vous traitez ainsi les vœux de l'innocence?