ACTE I, SCÈNE III
PLUSIEURS BOURGEOIS
Nous cherchons une croyance nouvelle.
CATHERINE
Insense's , pourquoi la chercher sur les toits ? pourquoi la croire suspendue clans les nuages ? La religion est-elle comme ces dragons de papier attaches à des fils légers qui servent à les tirer çà et là? la croyance n'est-elle pas un libre don de la Divinité qu'on peut implorer par la prière, et non dérober par la violence ? Retournez à vos utiles travaux , et quand un sentiment irrésistible produira dans vos coeurs la sainte impulsion de la piété, tombez à genoux devant les antiques autels de l'église de vos pères : du haut de la voûte azurée , elle répandra sur vous, avec ses bénédictions, ses biens les plus ineffables.
PLUSIEURS BOURGEOIS
Nous ne voulons plus de l'ancien . Fi ! de ce qui est ancien.
CATHERINE
Vos discours sont insensés. La croyance n'est-elle pas éternellement jeune comme la liberté , les arts et l'amour ? Encore enfans, la mère de Dieu , la sublime fiancée des cieux souriait à votre berceau ; appuyés sur le bâton de la vieillesse , vous la verrez encore vous sourire avec la même sérénité ; et un jour elle sourira encore à vos descendans , lorsque vos corps tombés en poussière seront consumés dans la tombe. Elle sèche vos larmes, comme autrefois elle a séché celles de vos pères.
Théâtre Allemand. 5