ACTE III, SCÈNE I. I
ERIC, presque haut.
Sa majesté nous fait diablement attendre!
ALBRECHT, s'approchanl de Spalatinus.
Avez-vous vu hier l'empereur faire son entrée?
SPALATINUS.
Oui.
ALBRECHT
Son collet de dentelles valait bien, entre frères, un château-fort.
SPALATINUS
C'est selon.
ÉRIC
Je pense cependant que nous ne l'échangerions pas contre nos châteaux-forts ; ce sont nos dentelles, à nous. L'empereur en porte de précieuses, mais les nôtres nous portent nous-mêmes.
ALBRECHT
Avez-vous remarqué avec quel air hautain il a fait son entrée ? L'électeur Frédéric s'avançait à cheval à côté de lui ; comme son regard était calme et paisible! Telle, medisais-je, un habile peintre doit représenter la conscience quand elle examine et scrute le fond du coeur, et qu'elle n'y trouve ni tache, ni souillure.
ÉRIC
De quel air il s'avançait! En voyant cet empereur qui n'a jamais assez de couronnes, et Frédéric qui n'en souhaite aucune , il me semblait voir dans le saint empire romain se lever le crépuscule
i28 LUTHER,
du soir : toutes les petites étoiles avaient cesse' de briller ; la lune seule éclairait encore le firmament , comme hier soir auprès de la comète : celle-ci lançait des rayons de flamme, mais sans pouvoir obscurcir cependant le doux éclat de la lune ; puis elle disparut , et l'autre continua de darder avec calme ses rayons, sans presque s'apercevoir que son influence pacifique féconde les monts et les vallées.