JE
On voit paraître sur le rempart FRÊpÉRIG et BENITO.
l'infant.
Àh ! mon cher frère !
l'infante, à part.
L'infant lès voyant tous deux et ne sachant lequel est le prisonnier, lequel est le gouverneur, parle au premier comme à son frère.
Hélène, à part.
Dieu me soit en aide!... Que vois-je?... Quoi! c'est là le prisonnier? Je jurerais que je le connais.
ANTONA.
Regardez donc, Berto, Belardo ; ou je suis ivre, ou ce prince-là n'est autre chose que Benito.
un villageois.
Ne parle pas tant, Antona ; regarde et tais-toi.
ANTONA.
Pourquoi donc lui parle-t-on comme ça, puisque je le connais?
l'infant. *
mon frère ! combien tes malheurs n'ont-ils pas fait verser de^ larmes à mes yeux ! Mais enfin je te vois, il suffit, tout est oublié.
benito. - Quoi ! c'est là l'infant mon frère ? En ce cas, il n'est pas bien malin mon frère l'infant. — Mais voilà Antona.
FRÉDÉRIC
Tais-toi.
benito.
Tiens ! les princes ne peuvent donc pas parler à Antona
FRÉDÉRIC
Silence !
benito.
C'est bon ! ne criez pas si fort.
antona.
Berto, remarques-tu ce qui se passe?— L'infant en pflptane est venu, et il parle à Benito comme s'il était le prince son frète.
Frédéric à part. Je vais répondre pour tous deux de manière à prolonger leur erreur. (Haut.) Je suis si troublé, infant, que ne puis vous exprimer nia joie. Je me contente de sentir et de me taire.
Il s'éloigne atec Benito.
L INFANT
Maintenant, sire, permettez-moi de vous demander pourquoi vous renoncez à lui donner la main de l'infante "Marguerite.
le roi. .->,,
Parce que je le crois incapable de gouverner. ' *
l'infant.
C'est lui faire injure... On a toujours reconnu en lui une intelligence supérieure.
LE ROI
N'est-ce donc pas celui à qui vous avez parlé? - ,
l'infant.
. Oui, sire, c'est celui-là même.
LE ROI
Eh bien ! celui-là même a un langage et des manières d'une telle rustieité, qu'on le prendrait pour un paysan brutal plutôt que pour un gentilhomme.
l'infant.
Alors il faut que la prison lui ait ôté le jugement, car il n'y avait pas de cavalier plps distingué dans toute l'Italie.
l'infante, à part.
Que se disent-ils donc là à voix basse?
le roi.
Vos incertitudes vont cesser. (A un Domestique.) Qu'on amène à l'instant le prince Frédéric. (Le Domestique sort.) Et si vous lui trou^atjlA saoindre raison, je m'engage de nouveau à lui donner ma
hélen*, Il part.
Pour que je puisse le croire, fil faut qu'il l'appelle son frère en le voyant de plus près.
LE DOMESTIQUE rentre avec BENITO.
BBNITO.
Je suis comme un cheval qu'on veut vendre au marché; tous m'essayent l'un après l'autre. {Au ftoi.) Eh bien! qu'y â-t-il pour le service de votre majesté? Dites, est-ce celui-là qui est mon frère?
le roi, à part.
Il s'est déjà trahi. {A l'Infant.) Eh bien! vous avais-je trompé?
l'infant.
Certes, ouifc$trisque au lieu du prhlfp Frédériwous faites amener un homme qui n'a pas avec lui U jtoinére ressemblance.
; LE ROI
» Ce n'est donc pas celui-là que vous voyiez tout-à-1'heure et que
vous avez reconnu pour votre frère ?
l'infant.
Non, assurément.
LE ROI
Quelle bizarre confusion ! .
HÉLÈNE
Cet homme, sire, est un vilain que je connais.
LE ROI
Eh bien ! je n'ai pas d'autre prisonnier, et je ne pub vous rendre votre frère.
l'ixfant.
ndant je l'ai vu.
Jfcpen
■^Ffc*
LE ROI
- Qu'on appelle le gouverneur.
HÉLÈNE
Songez bien, sire, à le traiter avec distinction, car le gouverneur n'est autre que le grand duc de Mantoue.
LE ROI
Encore quelque mystère.
Entre LE CAPITAINE.
LE CAPITAINE
Le voici.
Entre FRÉDÉRIC.
l'infant.
Voilà bien Frédéric !
mon frère ! avec quel bonheur, avec quelle reconuajttaKa je* vous presse dans mes bras! {AuÈoi.) C'est moi, sire, qui flph fe prince Frédéric, qui, épris de l'infante Marguerite, et sans craindre vos menaces, ai voulu rester ici comme le geôlier de' moi-même; heureux si vous daignez tenir votre parole.
HÉLÈNE
Vous ne le pouvez pas, sire; car vous m'avez promis, à moi > de me marier aujourd'hui au prince de Mantoue.
l'infante.
Ce prince, Hélène, est Frédéric de Sicile.
LE ROI
Puisqu'il n'est pas le duc de Mantoue, donnez-lui la main, Marguerite.
l'Infante.
Ma main et mon âme !
FRÉDÉRIC
Quel bonheur est le mien !
Hélène, à part.
Hélas ! tout espoir est perdu.
LE ROI
Soyez sans crainte, Hélène; je me charge de vous trouver un époux digne de votre mérite. ,
benito.
Et i moi, en sortant de tout ça, est-ce qu'on ne me donnera rien pour avoir été le tambourin qui vous a tous mis en danse? '
FRÉDÉRIC
Toi , tu auras deux mille écus et Antona. — Et sur ce finit la comédie du Geôlier de soi-même. Pardonnez-en tous les défauts.