NO SIEMPRE LO PEOR ES CIERTO
Les Espagnols ont un proverbe dont Vidée, comme 1 on l'a dit avant nous, dû naturellement venir à un peuple qui s'est fait de tout temps remarquer par la constance avec laquelle il lutte contre la fortune : Le p§r*«§t toujours certain (siempre lo peor es cierto). Calderon, — voyant qofW^ire ne s'accomplit pas toujours, que les choses réussissent parfois au-deBi de nos espérances, que souvent les apparences nous trompent et nous abusent, — Calderona modifié le proverbe dans ce qu'il avait de trop absolu, et en a fait le titre d'une comédie : Le pire n'est pas toujours certain.
Cette comédie, dans le genre sentimental, montre la souplesse du talent de son auteur, et l'on y peut remarquer de singulières beautés, soit dans les caractères, soit dans le plan, soit dans l'exécution.
Tous les caractères de cette comédie sont, en général, bien tracés, mais surtout ceux des deux personnages principaux, don Carlos et Léonor. — Don Carlos est d'une noblesse et d'une générosité rares. 11 soupçonne injustement Léonor ; mais, d'après ce qui s'est passé, tout autre à sa place la soupçonnerait également. Rien de plus beau, de mieux senti que l'extrême réserve avec laquelle il se conduit à son égard tout en l'adorant, si ce n'est lé désintéressement avec lequel il veut la donner à don Diègue pour rétablir son honneur. Quanta Léonor, sa douceur, sa résignation, son dévouement, la rendent on ne peut plus touchante. Ce dévouement si tendre et si soumis pour celui qui l'accuse à tort et la condamne sans l'entendre, est, d'ailleurs, d'une vérité parfaite. En effet, une femme délicate peut aisément oublier l'amant vulgaire qui la délaisse par caprice ou légèreté ; mais ne doit-elle pai ;onserver son cœur à l'homme qui ne renonce à elle que par suite d'une susceptibilité d'honneur trop ombrageuse, — surtout alors qu'elle se sent toujours aimée ?
Le plan de cette comédie nous semble combiné avec beaucoup d'art. L'arrivée à Valence de don Diègue et ensuite celle de don Pèdre sont heureusement imaginées et amènent les situations les plus intéressantes. Nous avons admiré comme une invention merveilleuse la scène où don Diègue, surpris dans la maison de Béatrix, se trouve amené à se faire passer pour l'amant de Léonor, — qui confirme sa déclaration et s'accuse sans le savoir. " Le pire n'est pas toujours certain est d'une exécution fort soignée, et Von y rencontre une foule de détails remarquables. Je n'en citerai qu'un seul qui sert à poser le caractère de don Carlos et à motiver la pièce en quelque sorte: c'est celui où don Carlos , qui croit Léonor coupable , confie à don Juan n. V.
l'intention oè 11 est de se séparer d'elle, malgré la passion qu'elle lui inspire. « Car, dit-il, celui-là est un homme sans délicatesse, celui-là est un insensé, un lâche, un misérable, un infâme, qui, abandonné à ses appétits sensuels, à set désirs brutaux, se contente en amour de l'accessoire après avoir perdu le principal. >
Qu$ #t hombr$ bajo, queetnecio, Bi vil, 9$ ruûi, es infâme, El qu» tolammte atento A lo irracional dël gutto Y àlo bruto del deseo, Vienty ptrdido lotnas, 9ê flUMIMIM ctfl 10 ihénôëi
Jamais l'amour n'a parlé sur le théâtre un langage plus élevé, Peut-Atre une critique sévère trouverait-elle quelques défauts à relever dans cette comédie. Don Carlos ne demeure-t-il pas trop long-temps caché? Léonor n'est-elle point placée dans une position trop inférieure auprès de Béatrix ? Calderon n'a-t-il pas un peu allongé quelques récits, et cédé une ou deux fois au désir de montrer ou son esprit, ou son talent de versificateur ? Cela est pos- •ibtoi Mais, comme dit Voltaire :
Quelques ombre», quelques défaati Me déparent point tine belle.
No iiemprt lojMor m citrto a été imité par Scarron, qui a assez bien intitulé-ton imitation, la Faune apparence. Malheureusement dans cette imitation il n'y a guère à louer que le titre. Des ouvrages espagnols dont il s'inspirait, le spirituel et joyeux cul-de-jatte n'a su reproduire que la partie burlesque. Quant à la grâce, à l'élégance, à la* finesse distinguée, je ne sais vraiment ce que tout cela devient entre ses mains. Ce qui ne l'empêchait pas de croire bravement qu'il embellissait les inventions de ses modèles.