‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 55 sur 103 · STR&KK · texte numérisé non relu

STR&KK

A un trompeur, une rusée. Je me fuis bien jouée de lui; mi* il s'est encore mieux joue' de moi avec tes injures que j'étais' obGn de dévorer... — Qu'il eût dit que j'étais laide, passe encore, eektl me touchait pas... que j'étais sotte, malpropre, pat davantage.*- 1 J mais dire que mes yeux pleurent la... quelle horreur ! lime le plia I t cher, le scélérat!

Entre LÊONOR.

LiONOR.

Ah! Syrènel

8TRÈiri.

Madame?

LEONOR

Que ton absence m'a inquiétée ! — L'as-tu tu T

syrenb.

Oui, madame, et il vous envoie sa réponse dans cette lettre. II ml dit en outre de vive voix que si vous lui permettiez de vous voir une seule fois, après il vous laisserait tranquille et s'en irait.

LÉONOR

Que ta légèreté m'afflige! — Pourquoi donc as -tu pris cette lettre?

8YRRNE.

J'ai pris cette lettre, madame, pour vous la donner.

léonor, à part.

Ah ! pensée cruelle ! que tu t'insinues facilement dans mon cœur!

SYRENE.

Qu'importe maintenant que vous la lisiez?

LÉONOR

Tu as de moi une jolie opinion 1 Tais-toi, Syrène... II faut la brûler... la déchirer. {À part.) Elle ne me comprend pas, cette vilaine sotte ! Ne devrait-elle pas me presser, me prier de lire ?

SYRÈNE

Quelle faute , madame , a commise cette lettre, qui est venue ici sans s'en douter, pour que vous la punissiez de votre colère ?

Eh bien ! si je la prends, tu le verras, que c'est pour la déchirer.

SYRENE.

Ne la déchirez, du moins, qu'après l'avoir lue.

LÉONOR

Il faudrait que tu m'en suppliasses bien fort.

SYRENE.

Alors je vous en supplie pour ce pauvre jeune seigneur.

léonor.

Donne.— Cela té chagrine, il me semble. C'est pour toi seule que je brise le cachet 1 ; c'est pour toi seule que je la lis, entends-tu, Syrène î

SYRENB.

Je le vois bien.— Ouvrez-la donc.

léonor, à part.

Que peut-il avoir à me dire? — (Elle lit.) « Léonor, s'il m'était possible de vous obéir en vous oubliant, je pourrais vivre ; et après tous les ennuis , tous les chagrins que ce fatal amour m'a causés, ce serait de ma part être généreux envers moi seul que de renoncer à vous aimer... Plût à Dieu que cela fût en mon pouvoir! mais voilà long-temps déjà que j'essaye de réussir, et je ne le puis. Mon cœur s'obstine à vous aimer malgré mon malheur et vos ordres... Moi vous oublier, moi renoncer à vous ! Non, cet avantage n'est pas donné à un amant dédaigné. Mais vous , aimez-moi , accordez-moi une seule faveur, une seule grâce que j'implore, et ensuite, Léonor, je tâcherai de vous oublier si je puis. »

SYRÈNE

Vous pleurez en lisant cette lettre ? Qu'est donc devenu cet orgueil si... féroce?

LÉONOR

Je pleure sur de tristes souvenirs que ces lignes me rappellent.

SYRENE.

Qui bien aime, tard oublie.

LÉONOR

En présence de celui qui a porté un coup si funeste à mon cœur, ma blessure se rouvre et saigne de nouveau.— Je t'en avertis, Syrène, avec ses poursuites insensées cet homme finira par me perdre ; oui, il me tuera et me perdra s'il ne s'éloigne pas d'ici.

SYRENE.

Cela ne dépend que de vous.

LÉONOR

Que veux-tu dire?

SYRENE.

Vous n'avez qu'à l'entendre. 11 dit que si vous consentez à l'entendre une seule fois, il quittera Lisbonne aussitôt.

LÉONOR

En réponds-tu, Syrène?

SYRÈNE

Oui, madame.

1 L'action de déchirer une lettre on d'ep briser le cachet t'exprime en espagnol par le même terbe romp$r, que CaWeron a évidemment répéui i de&MtoL faut <&\«MMsgu

lié À OUTRAGE SECRET VENGEANCE SECRÈTE.

Je ferais l'Impossible, Je l'avoue, pou» obtenir de lai qu'il ptriL Mais comment, comment viendrait-il T

s T RÊNE.

Rien de plus aisé; prêtet-moi votre attention. Nous sommai rentrée de la nuit; ce moment est le plus favorable. 11 ne fait pli assez de jour pour que l'on reconnaisse un homme » et il n'est p assez tard pour craindre que les voisins l'en étonnent. Mous* gneur, ainsi que vous avez dû le remarquer Tous-même, ne resta jamal* d'aussi bonne heure... Quant à don Louis, je ne doute in qu'il ne soit dans la rue. Je Tirais chercher et l'amènerais dans ce» salle, où vous pourrez causer avec lui et le réprimander à votre tiie. Kntcndcz-le un instant, et abandonne* le reste à la fortune.

uftoron.

Tu me fais voir tant de fatuités, que tu enlèves toute délibérttki et toute crainte a mon honneur. Va donc ; hàte-tol de ramener.

8TBJkm«

Je cours et reviens.

Byfènê tort.

LÉONOR

Quelque dangereuse que soit cette entrevue, je suis celle que je

suis, et je saurai me vaincre... Si ma force faiblissait..* l'honneur,

qui m'a obligée de braver ce péril, me défendra... Je tremble..* A

chaque pas que j'entends il me semble que c'est don Lope; et

même le souffle de l'air, je me figure que c'est lui.— Peut-être qu'il

m'écoute par là? — Vaine imagination produite par la crainte! —

Faut-il qu'une femme noble s'expose à courir de tels risques!

finirent DON LOUIS et STRÈNË. Ils marchent comme à tâtons.

STBÀNE»

Voici ma maltresse»

don louis, à part»

Hélas! combien de fois j'ai souhaité ardemment cette occasion! Va maintenant je suis presque effrayé*.. Un sinistre pressentiment nie saisit le coeur.

léonor, à part, 11 ne parle pas, et pourtant il importe qu'il se retire au plus tôt.

DON L0UI8

Léonor Y

Seigneur don Louis?

Ah! Léonor!

LÉONOR

Seigneur don Louis, yous voilà dans ma maison... Je vous ai accordé l'entrevue demandée par vous... expliquez-vous sans retard*

al

LÉONOR

«tin que vous vous en retourniez... [A part. ) Épouvantée de moi- ^uiïiême , je puis à peine me soutenir , et mon cœur se serre comme *'il se sentait pressé par un poignard.

DOX LOUIS.

& Vous savez, belle Léon or, si tant est que yous n'ayez pas oublié les .joies passées, depuis quel temps je vous aime. La première fois que

Ije vous vis, que J*6Ut le bonheur de vous voir, ce fut dans la campagne qui eu aux environs de Tolède, votre patrie et la mienne. fc Vous étiez là avec plusieurs de vos compagnes, occupée à cueillir S des fleurs qui, certes, n'étaient pas aussi fraîches et aussi brillantes * que vous. Vous savez aussi que...

LÉONOR

Laissez-moi parler» Je serai plus brève, le sais que, durant plusieurs semaines de suite, vous n'avez cessé de parcourir ma rue, de passer et repasser sous mon balcon, efttrtte , sans vous décourager de mon dédain , vous m'avez témoigné un amour ferme et constant jusqu'au moment où je vous distinguai. Alors, à la faveur des ombres de la nuit, au moyen de ces billets que nous échangions l'un avec l'autre par la fenêtre, suivant l'usage des amans ! , nous formions des projets de nous marier ensemble, quand on vous donna une compagnie et que vous fûtes forcé d'aller servir le roi. Vous partîtes pour la Flandre...

bon LOUIS.

Ceci, c'est à moi de le dire. J'allai en Flandre; là, nous donnâmes un assaut auquel périt bravement un cavalier aragonnais appelé don Juan de Benavidès. La ressemblance de mon nom avec le sien fut cause que le bruit de ma mort se répandit en Espagne. La nouvelle en arriva à Tolède...

LÉONOR

Elle fut affreuse pour moi, et je pleurai amèrement. Mais je dois me taire ici, quoiqu'il me fût aisé d'invoquer pour mon excuse ma tristesse, mon chagrin, ma douleur. Ah î que de larmes j'ai versées sur votre sort, sur le sort de notre amour !... Que vous dirai-je? à la fin, les instances de mes proches ont obtenu que je me sois mariée par procuration.

Je l'ai appris en chemin. Je me flattais de poutofMQttpfe encore ce mariage ; et je courus à votre poursuite, jusqu'au moment où je vous rejoignis et vous parlai sous les habits d'un mârdiand»

4?f .'* *JQU$ nù caHsigwn Una texa y un papel ?

Mot à mot : « A quoi ne réussissent pas une tuile et une lettre ?» Allusion aux moyens que les amans espagnols employaient pour correspondre. Le galant, venu la nuit sous N le* fenêtre* dé m dame, lui lançait un billet doui attaché à un morceau de tuile, et recevait la réponse par le même courrier.

LKOMOft.

J'étais mariée déjà; et puisque je vous ai détrompé, pw rHes-tuus %cnu ici T

Je suis venu feulement pour voir si j'ai lieu de me plaiad tous. Si, dam cette conversation, j'acquière la convictios vous avez manqué à votre foi, je partirai aussi tôt pour la Fin où j'espère qu'une balle donnera la mort , non plus à don loa JJenatidés, mais à don Louis de Benavidès.

LÉONOR

Quoi ! don Louis, vous voulei mourir T

don louis.

Oui, Léonor, si en sortant d'auprès de vous...

8Y&BNB.

Voilà quelqu'un qui monte l'escalier.

Ah! ciel!

Grand Dieu !

LÉONOR

Que faire? Cette salle est obscure; demeurez-y afin qu'on vous] trouve seul. Quand on sera entré, vous vous en irez. Mais ne parta pas pour la Flandre : j'ai besoin d'achever cette explication.— Viens avec moi, Syrène.

sybJmi.

le vous suis.

Léonor ei Syrène %c retirent par la porte qui est à gauche. DON LOUIS.

Y a-t-il un malheur égal au mien ? Léonor et Syrène m'ont laissé seul, incertain et troublé... Comment m'échapper au milieu des ténèbres qui m'environnent?... Je ne connais pas la maison et je ne trouve pas la porte.

Entre DON JUAN par la porte du fond.

don juan, à part.

Cela est singulier qu'on n'ait pas encore allumé à cette heure !

don louis, à part»

C'est le pas d'un homme.

don juan, à part.

Quelqu'un marche. (Appelant.) Holà! un flambeau 1 — (A don Louis.) Qui va là T qui est-ce ? répondez !

don louis, te heurtant contre don Juan.

Ahl

Ils tirent chacun leur épêe et se battent.

DON JUAN

Répondes donc l répondez du moins à mon épée qui vous interroge!

fe

don louis , à part.

Toici une porte, je suis sauvé !

Il se retire par la même porte que Lëonor etSyrène. DON JUAN.

Où est-il donc?

Entrent DON LOPE et MANRIQUE par la porte du fond.

H DON lope, à part.

J'ai entendu par ici un cliquetis d'épées, et Ton n'a pas encore ' éclairé l'appartement! (A Manrique.) Va chercher un flambeau.

Manrique sort.

DON JUAN

Je vous ai demandé votre nom.

Qui veut savoir mon nom ici ?

DON JUAN

Un flambeau !

Un flambeau !

Entre MANRIQUE, un flambeau à la main.

MANRIQUE

Le voici.

Ah! ciell Don Juan !

Don Lope !

Qu'est ceci ?

Entrent LÉONOR et SYRENE.

léonor, à part.

don lope, surpris.

don juan, de même.

don lope.

DON JUAN

J'entrais dans cette chambre lorsqu'un homme en sortait.

Un homme, dites-vous ?

DON JUAN

Oui. Je lui ai demandé à plusieurs reprises qui il était; au lieu de me répondre il s'est tu.

don lope, à part.

Il importe de dissimuler... Que don Juan ne croie pas que j'aie pu concevoir des craintes aussi misérables. (A don Juan.) 11 eût été bon, sur ma foil mon ami, que l'un de nous eût tué l'autre. C'était moimême qui sortais... Je n'ai pas reconnu votre voix... MPeniendant demander mon nom dans ma propre maison, cela m'a irrité; je me suis tu et j'ai répondu avec l'épée.

LÉONOR

l>nt été un affreux malheur!

sraÈRB.

lue bizarre aventure l

DO* JUAlf.

Quoi ! c'était vous?

non lopk.

Moi-même.

DON JUAft.

Mais non, cria n'est pan possible. L'homme de qui je parle là-dednn*. j'en suis certain ; car il n'a pas pu sortir par la po

où \uus êtes entré.

DON LOPK.

Quand je vous dis que c'était mol.

DOIf JUAN.

Cela est étrange I

don lopb, à part.

quel ennui d'avoir un ignorant ami! {A don Juan, ) El si vous Aies tellement persuudé qu'il y a quelqu'un caché ic dant que je vais visiter la maison, gardes-moi cette porte < tenant dans la pièce d'entrée.

Vous pouvez commencer vos recherches en toute sécurité sortira pas par là, je vous en réponds.

DON lopb.

Quoi qu'il arrive, ne quittez pas la pièce d'entrée, entende

DON JUAN

Je n'en bougerai pas.

DON LOPB.

Songez-y bien.

Soyez tranquille.

Ah ! Syrène l Tenez-vous.

DON JUAN

Il sort par la porte di

léonoh, ba$, à Syrène.

syrène, bas, à Léonor.

don lopk, à part.

S'il se trouve que je sois offensé, j'aurai assez d'empire stn

même pour conserver mon sang-froid; et ma vengeance, que

un silence impénétrable, sera un enseignement pour le mon*

Manriqu§.) Allons» Manrique, précède-moi avec ce flambeau

MANRIQUE

JOURNEE II, SCENE IlL " ' ^" £ - 191

MANRIQUB.

le n'ose. Je suis peu curieui des revenans.

DON LOPÉ.

De quoi as-tu peur?

ftlANftlQOB.

De tout.

DON lope.

Eh bien ! donne-moi ce flambeau et sors d'ici. Va rejoindre don Juan. {M antique êort. ~ A part. ) Je n'ai besoin d'aucun témoin ijçde mon malheur. {Il t'approche de la porte qui eêt à gauche.) snYoyons de ce côté.

leonor, le retenant.

Non, seigneur. ••

Làchei-moi.

liONOR.

Il est inutile, seigneur, que vous en trie».. . le tous garantis, je si tous atteste qu'il n'y a personne.

i DONLOPË.

y Hors, raison de plus pour que j'entre; ee sera le moyen de rassurer don Juan.

H tort.

LEONOR

Hélas! Syrène, que le sort m'est contraire!... Quelle situation cruelle que la mienne! Je suis au désespoir, éperdue... Don Lope découvrira sûrement don Louis qui est caché... Le malheureux 1 il a cru sortir par la porte qui donne dans ma chambre I... Ah! sans doute ils se seront rencontrés déjà ! Don Lope l'a vu et lui a parlé... -^Si je pouvais fuir encore !.«. mais non, son ami garde le passage ; et d'ailleurs je n'en aurais pas la force... Que le ciel me soit en aide!

9YRBNB.

Du courage* madame I

LBONOR.

Je ne suis toute que confusion et terreur.

Entrent DON LOPE et DOfl LOtîtS.

Don Louis est etttefoppé de son manteau jusqu'aux yeux et tient son épée nue. Don Lopt le sait, tenant d'«M nain ton ép4a «t de l'antre kl flambeau.

Ne vous couvres pas ainsi le visage, cavalier.

Abaissez votre épée , seigneur. A la plonger dans le sang d'un homme qui ne se défend pas il y aurait plus de honte que de gloire. ■ <■ ■

don lope. "- *

Offre s veus r ^ [ -

nos louis.

Je suit de Castillt, seigneur... Jaloux d'un cavalier qui rail des soins à une dame que je servais, je l'ai provoqué en duel etfi| ' tué... Exilé pour ce motif de mon paya, je me sais réfugié i làbonne... J'ai appris ce matin qu'un frère du mort, me sachant id, y était venu dans l'intention de le venger traîtreusement... Ois m'avait pas trompé... Ce soir, tout-à-l'heure , je panais par en rue, lorsque j'ai été assailli par trois hommes A la porte de eetk maison... J'ai eu peur, je l'avoue, et pensant qu'il m'était mips» ble de soutenir le combat contre trois hommes armés, je ne sa précipité ici et j'ai franchi l'escalier. Eux, soit qu'une nouvelle * laque leur ait paru dangereuse, soit qu'Us aient respecté cet tsk, ils ne m'ont pas suivi... J'ai attendu dans cette salle qu'ils sa h* sent éloignés. Lorsque je n'ai plus entendu de bruit dans la m, j'ai voulu descendre ; mais au moment où je sortais je me sa heurté contre un homme qui m'a crié : Qui va là? Je me suis taav giué que c'étaient mes ennemis ; je n'ai pas répondu, et j'ai péaétré dans la chambre voisine. — Voilà, seigneur, pourquoi vMf m'avez trouvé caché dans votre maison. — Et maintenant, seigneu, tuez-moi. Comme je vous ai dit la vérité, et que je ne veux pas ose la vertu ait à souffrir de mon imprudence , je mourrai content... J'aime mieux périr victime d'un ressentiment honorable que d'une infâme vengeance.

don lopev à part.

A quelles incertitudes, à quelles anxiétés, à quelles craintes tout mon cœur est en proie!... Si cet homme m'inquiétait si vivement lorsqu'il se promenait dans ma rue, que sera-ce à présent que je l'ai trouvé caché dans ma maison, dans l'appartement de ma femme t Assez, assez, pensée cruelle, ne me tourmente pas davantage ! Tout cela peut être vrai ; et quand même, ce n'est pas le moment d'éclater.— Sachons souffrir et nous taire. (A don Louis.) Cavalier castillan, je me félicite de ce que ma maison vous a servi d'asile contre une trahison. Si j'étais encore garçon, je me ferais un plaisir de vous y offrir l'hospitalité, car c'est le devoir d'un gentilhomme d'accueillir de nobles disgrâces; mais, hors de là, je vous prie d'accepter mon assistance en toute occasion et de toute manière. Si l'épée d'un second vous est utile, comptez sur la mienne, et croyez qu'avec cette aide vous n'aurez pas besoin de tourner le dos à vos adversaires, quel que soit leur nombre. — Et maintenant, afin que vous puissiez sortir de ma maison en secret, nous nous en irons par le jardin, dont je vous ouvrirai moi-même la porte. Cette précaution, je le confesse, je ne la prends pas moins dans mon intérêt que dans le vôtre. Je ne veux pas que mes valets, — car les valets sont toujours les ennemis de ceux qu'ils servent, — viennent à raconter que je vous ai trouvé ici, et m'obligent à satisfaire une curiosité importune. ' "Vil soit impossible

le douter de la sincérité de vos paroles, et que pour ma part j'en is persuadé, quel homme ici-bas échappe à la malveillance? Quel g^BSt celui que la médisance épargne? quel est celui que le soupçon 'atteint pas? Et quant à moi, si je croyais... si même j'imaginais...

si j'avais seulement l'idée que quelqu'un essayât d'entacher ma rév putation , mon honneur , — ne serait-ce qu'une servante, une es- ^ dave, — vive Dieu ! ce quelqu'un , je lui ôterais aussitôt la vie, je l lui tirerais jusqu'à la dernière goutte de son sang, et je lui arracheg rais l'âme, si l'âme se peut arracher avec l'épée ou le poignard ! — k | Tenez ; c'est moi qui vous éclairerai jusqu'à votre sortie. ka don louis, à part,

^ Ma voix s'est glacée dans ma poitrine... Voilà bien l'arrogance j portugaise!

r Don Lope et don Louis sortent par la porte de droite.

* LEONOR

" Je respire!... cela a mieux fini que je ne l'espérais. C'est la pre-

* mière fois que le mal a été moindre qu'on ne l'avait pensé. Ah ! Sy-

f rêne, pour tous les trésors de la terre je ne m'exposerais pas à une

F pareille situation.

» DON LOPE rentre.

Léonor !

Que désirez-vous, seigneur? Ce cavalier vous a dit le motif pour lequel il était entré. Vous savez que je ne suis pas coupable, qu'il n'y a pas eu de ma faute.

Un époux qui vous aime et vous estime n'a pas l'intention de vous gronder. Non, Léonor, je veux seulement vous dire que puisque ce cavalier s'est déclaré avec nous...

LÉONOR

N'a-t-il pas dit tout-à-1'heure qu'il était deCastille et qu'il s'était réfugié ici après avoir tué un homme ?... Je n'en sais pas davantage, moi, seigneur.

Pour Dieu ! Léonor, ne vous disculpez pas, vous me tuez. — Non, Léonor, vous ne pouvez pas en savoir davantage; mais il suffit qu'il se soit confié à nous pour que nous lui gardions le secret... Toi, Syrène, ne dis rien de ce qui s'est passé à personne, non pas même à don Juan.

Entre DON JUAN.

DON JUAN

Vous avez été si long-temps, don Lope, que je commençais à concevoir de l'inquiétude. "-*

En vérité, don Juan, il est aimable à vous de me faire ainsi

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